samedi 9 septembre 2017

The fountains of paradise - Arthur C. Clarke


The fountains of paradise - Arthur C. Clarke

Sous ce titre poétique se cache un type de SF bien particulier : le fantasme d'ingénieur. Gigantesques machines, vaisseaux colossaux, ce genre de choses. Ici, l'artéfact en question, c'est un ascenseur spatial de quelques dizaines de milliers de kilomètres de hauteur. Ou de longueur, selon comment on voit la chose. Si aujourd'hui le concept est relativement médiatisé, il était à l'époque d'écriture du roman plus obscur, je crois. Clarke place ce projet dans un Sri Lanka semi-fictionnel : il prend ce qui lui plait de la réalité tout en modifiant les choses pour rendre son récit crédible. Alors, comment parvient-il à intéresser (ou non) le lecteur à son prodige d'ingénierie ?

Clarke prend son temps, ce qui est à la fois plaisant et troublant. Il consacre ainsi plusieurs chapitres à un ancien roi local, habitant non loin de la montagne sacrée qui deviendra la base (ou se sommet, encore un fois, question de point de vue) de l'ascenseur spatial. Pourquoi pas, c'est plutôt bien écrit, mais le rapport avec l'intrigue principale est plutôt ténu. On a surtout l'impression que Clarke aime beaucoup le Sri Lanka (il y a vécu) et que du coup il a envie de se faire plaisir en faisant un peu de fiction historique. Il consacre aussi quelques chapitres à un thème bien plus classique : le premier contact. Ces parties sont très réussies. L'humanité est simplement contactée par une sonde exploratrice, qui passe tranquillement de système solaire en système solaire pour envoyer à ses créateurs toutes les infos sur les formes de vie qu'elle y découvre. Les extraits de ses discussions avec l'humanité sont peut-être les meilleurs passages du roman. La sonde s'emploie tranquillement à démolir les superstitions humaines avec une adorable et absolue rationalité. Clake, un peu naïvement, sous-entent que la bonne parole de la sonde suffit à détourner la majorité de l'humanité des religions. Voici le message d'adieu de la sonde :
Starholme informed me 456 years ago that the origin of the universe has been discovered but that I do not have the appropriate circuits to comprehend it. You must communicate direct for further information. I am now switching to cruise mode and must break contact. Goodbye.
Mais encore une fois ce n'est qu'une sous-intrigue, qui n'a d'impact que dans l'épilogue, qui d'ailleurs suggère beaucoup de choses qui donnent envie d'en savoir plus.

Mais la majorité du roman, c'est la construction de l’ascenseur spatial. La première partie est la plus intéressante : il s'agit pour Morgan, l'ingénieur qui porte le projet, de convaincre le monde de son importance. Préparer les esprits est nettement plus intéressant que préparer la construction elle-même. Des moines bouddhistes habitent au sommet de la montagne sacrée qui, pas de bol, est l'unique site possible. Cet aspect du récit est très bien amené : la tension entre une spiritualité traditionnelle hors du temps et la pression d'un projet potentiellement destructeur comme salvateur (Clarke, sans surprise, soutien cette dernière hypothèse). Mais ensuite, le roman se termine sur une longue scène de catastrophe le long d'un ascenseur spatial presque terminé. Ce n'est pas vraiment mauvais, mais c'est forcément beaucoup moins intéressant que le reste, beaucoup moins porteur d'idées. Et l'épilogue vient ensuite nous rappeler que si The fountains of paradise est un roman fort solide, Clarke aurai pu choisir de passer un peu moins de temps sur son fantasme d'ingénieur pour explorer des thèmes plus vastes.

234 pages, 1979, Pan

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