jeudi 27 août 2026

Nature humaine - Serge Joncour

 Nature humaine - Serge Joncour

J'ai eu du mal à entrer dans Nature humaine de Serge Joncour. Le roman s'ouvre sur une accroche efficace : décembre 1999, Alexandre est seul dans sa ferme du Lot, et il guette l'arrivée des gendarmes après avoir manipulé un détonateur sur un chantier, laissant présumer un acte violent. Le suspense idéologique est là dès la page 1, comme si l'auteur avait conscience qu'il fallait ça pour faire passer un début par ailleurs mou. Car dès le retour en arrière, la description de la vie agricole des années 1970 m'a semblé assez plate : écriture simple, personnages sans relief. J'ai pas mal lu en diagonale et je craignais de ne pas aller bien loin.

Le roman a vraiment commencé à m'accrocher avec l'irruption de la dimension politique et idéologique : des terroristes écologistes radicaux qui rejettent le progrès purement technique et la mondialisation dévorante, et qui posent des bombes pour empêcher la construction des centrales nucléaires et autres grands chantiers.

C'est la tension qui traverse le livre : le rouleau compresseur du progrès, qu'on n'arrête pas, avec bien sûr ses avantages et ses inconvénients. Les excités qui tentent de lutter contre lui se heurtent à un mur et n'ont plus qu'à se planquer au Larzac pour élever des chèvres. Joncour multiplie ces évènements disruptifs d'une façon qui frise un peu trop l'inventaire historique : sécheresse de 1976, scandales sanitaires de l'élevage, essor du nucléaire, Tchernobyl, etc. Le procédé fait parfois artificiel, mais j'ai trouvé que, tout comme Gaspard Kœnig, Serge Joncour parvient à ne pas tomber dans le moralisme écologique simpliste. La position des révoltés est aisément compréhensible, et je dirais plutôt bien développée, mais en aucun cas trop ouvertement défendue par l'auteur.

Il faut bien ce fond idéologique pour amener un minimum de punch, car Alexandre, personnage principal et point de vue narratif, est franchement laconique, pour le dire gentiment. Il a deux traits : il aime la vie de paysan et il est follement amoureux de Constanze, une Est-Allemande avec laquelle il entretient une relation impossible. Il est très passif et n'a guère d'opinions. La passivité du paysan qui subit et se voit forcé de devenir exploitant est sûrement un choix thématique, mais Alexandre aurait gagné, je pense, à avoir plus de vie intérieure, plus d'opinions et de désirs, pendant les trois premiers quarts du roman.

Ce n'est que dans le dernier quart qu'il prend enfin chair, en comprenant mieux sa relation avec Constanze et en devenant lui-même un révolté, face à la modernité qui cherche à transformer sa ferme en exploitation — le piège de l'agrandissement et de l'endettement — et à faire passer une autoroute dans sa vallée. Le roman finit ainsi bien plus fort qu'il n'a commencé.

Je préfère peut-être l'exploration que fait Gaspard Kœnig de ces mêmes thèmes, grâce à une écriture plus riche et des personnages plus hauts en couleur, mais j'ai néanmoins beaucoup apprécié Nature humaine, au final. Presque de l'idéologie-fiction.

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