Un roman posthume, paru originellement en 1973 au Seuil, sept ans après la mort de son auteur (1910-1966). Il m'a attiré l'œil par son ancrage apparent dans ce que j'appellerai le merveilleux fantastique français, notamment celui à tendance apocalyptique, qui a connu sa petite heure de gloire dans la première moitié du siècle, avec des auteurs comme Jacques Spitz, Ernest Pérochon, Régis Messac, Maurice Renard... L'Orage et la loutre, écrit entre 1940 et 1946 et situé je crois en 1935, n'est d'ailleurs pas sans rappeler L'Œil du purgatoire de Jacques Spitz (1945).
Dans le roman de Lucien Ganiayre, notre pauvre narrateur se retrouve unique survivant — ou presque — dans un monde où le temps s'est figé. Les humains et les autres êtres vivants sont toujours là, mais immobiles, froids, statuesques, bloqués dans un diorama infini. Et si le narrateur touche un être figé, il le tue. Le contact est devenu un meurtre.
Une fois les cinquante premières pages passées, une fois que le concept est posé, j'ai commencé à m'inquiéter. Il faut dire que si l'écriture possède un véritable charme légèrement désuet, le rythme est mou, extrêmement mou. Et mes craintes se sont révélées justes : il ne se passe quasiment rien dans les deux cents pages qui suivent. On a d'interminables descriptions de la solitude du narrateur, de la folie qui le guette, de ses ressentis physiques, de ses pérégrinations, etc. Rien d'intrinsèquement mauvais avec ces choix narratifs, bien sûr, mais j'ai trouvé ça très loin d'être assez intéressant pour justifier autant de mots. Au contraire, le roman m'est devenu déplaisant, trop verbeux, trop confus, trop tourné vers une introspection finalement ratée, à l'image de cette longue scène d'hallucination qui n'apporte rien, ou de l'interminable rencontre avec la loutre, que je suis incapable de prendre au sérieux tant c'est trente pages qui m'ont semblé n'avoir la matière que pour dix.
J'ai pu lire quelques interprétations intellectualisantes, comme la quatrième de couverture qui qualifie le texte de « roman écologique », que je ne partage pas. Le motif principal, qui file tout le roman, c'est une tension vaguement homoérotique entre le narrateur et son ami qu'il s'efforce de retrouver. Sinon, il y a vers la fin — attention divulgâchage — d'autres pages malaisantes où il rencontre une très jeune femme. J'ai hélas dû me forcer pour aller au bout, lisant souvent en diagonale.
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