dimanche 16 août 2026

Aqua - Gaspard Kœnig

Aqua - Gaspard Kœnig

J'avais de bons souvenirs d'Humus, et je crois qu'Aqua est encore meilleur. Je suis ravi de pouvoir annoncer en grande pompe que Gaspard Kœnig me réconcilie non seulement avec la littérature française contemporaine, mais aussi avec l'écriture au présent.

Le procédé est très similaire à celui du roman précédent. Un village, une poignée d'habitants sélectionnés pour être les porte-étendards narratifs, et un enjeu écologique concret qui se fait paratonnerre à idéologies. Il y a l'énarque parisien, l'épicière néo-rurale, le petit éleveur pire que bourru, le grand éleveur roi du village, le collapsologue d'origine turque qu'on prend pour un arabe, la rebouteuse échappée de la cité…

Si la quatrième de couverture parle de satire sociale, il me semble que c'est ne pas faire assez d'honneur à Gaspard Kœnig. Certes, chaque personnage est un type, un outil narratif manié par l'auteur pour évoquer certaines idées et perspectives ; il va de soi que le trait est souvent grossi, mais justement, pas tant que ça. J'ai bien plus l'impression de lire du naturalisme zolien que de la franche satire. Il n'y a aucune moquerie franche de la part de l'auteur-narrateur. Au contraire, sans aucunement renoncer aux pointes d'humour, ces personnages sont traités avec un agréable sérieux. Tous sont plaisants à suivre et suffisamment complexes pour que le temps qui leur est accordé semble justifié.

La thématique de l'eau, de même, est développée avec assez de richesse pour accrocher du début à la fin. Dans ce modeste village se joue un modèle réduit de problématiques majeures, mondiales, au potentiel apocalyptique. D'un côté le technocratisme étatique, qui veut tout organiser et rationaliser, et de l'autre un régionalisme approximatif, qui cherche à maintenir le goût de l'indépendance et à comprendre les spécificités locales. Il n'y a aucun manichéisme, pas de prise de position claire de l'auteur. Certes, la fin penche vers la seconde piste, mais à une échelle suffisamment modeste, et au prix de suffisamment de compromis, pour que Gaspard Kœnig ne semble jamais céder à un écologisme naïf.

Les nombreux détails techniques et scientifiques concernant l'eau sont également bienvenus. J'ai particulièrement apprécié les considérations sur les lointaines profondeurs du sol qui, invisibles, conditionnent néanmoins tout le rapport des humains à l'eau. Ainsi les sous-sols granitiques ne stockent presque rien, contrairement aux sous-sols crayeux, qui peuvent agir comme des éponges. Et au bout du compte, toujours, malgré tous les tampons techniques, les humains restent à la merci de ce que veulent bien pisser les nuages.

Et tout ça est très bien écrit. Je n'ai lu en diagonale que quelques chapitres, moins intéressants que la moyenne. On oublierait presque que Gaspard Kœnig écrit au présent tant ses phrases savent être longues, tortueuses comme une rivière sauvage, son vocabulaire rare comme une faune en voie d'extinction, et ses incises temporelles bienvenues comme des criques propices à la baignade.

J'espère simplement qu'avec les deux volets annoncés, sur l'air et le feu, il fera plus que transposer la formule. Je redoute qu'il ne s'enferme dans un même format en essayant trop de maintenir des liens narratifs forts et des personnages communs entre ces quatre romans, comme il le fait déjà entre les deux premiers. J'ose penser qu'il est assez bon écrivain pour me donner tort.

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