mardi 28 mars 2017

Deux ou trois grâces - Aldous Huxley

Deux ou trois grâces - Aldous Huxley

  • Deux ou trois grâces. De très loin le plus gros texte du lot, avec 172 pages. J'ai mis un certain temps avant de comprendre le titre. Après avoir longuement décrit quelques splendides spécimens de raseurs qui se collent à lui, le narrateur, que j'aime imaginer être un avatar d'Huxley, fait la rencontre de Grace. Cette jeune femme, mère et épouse, s'est mariée très tôt avec avec, justement, un raseur. Elle s'ennuie, et ne connait pas grand chose à la vie. Le narrateur se prend d'amitié pour elle, et par son intermédiaire elle se fait une certaine vie sociale. Mais Grace est une jeune femme extremement malléable. Impulsive et peu intellectuelle, elle s’adapte aux gens qui l'entourent, prend modèle sur eux, leurs opinions, leurs goûts, leurs habitudes. C'est ainsi que le narrateur observe d'un œil critique, amusé ou bienveillant les diverses transformations de Grace. Avec le narrateur, elle se prend pour une critique d'art. Avec son premier amant, elle devient une femme moderne, amatrice de plaisirs et de mondanités. Avec son second amant, elle découvre l'amour véritable et les tourments infligés par un partenaire amateur de tornades émotionnelles. L'écriture d'Huxley est comme d'habitude aussi touchante qu'intelligente dans sa description des caractères et des interactions, et, je l'avoue, une partie du plaisir vient de l'identification avec le narrateur, calme et analytique, ne manquant pas d'auto-dérision ni de goût pour la douce moquerie, mais aussi sincèrement attaché à ses amis.
  • Semaine anglaise. La simple et courte journée (je ne m'explique pas le titre) d'un jeune homme solitaire, pauvre et rêveur. Cet archétype boutonneux marche dans la rue en fantasmant sur les jolies filles qu'il croise, et il se trouve que pour une fois la réalité va aller dans le sens de son imagination. Il a l'occasion de rendre service à deux belles femmes. Il rêve d'aller prendre le thé avec elle, d'en épouser une, d'aller vivre à la campagne... Mais ces rêves sont à sens unique.
  • Le monocle. Le personnage principal est là aussi un peu solitaire et mal à l'aise, mais riche, cette fois. C'est le récit d'une soirée mondaine. Il s'ennuie avec des connaissances rasantes, il se fait embêter par un gros lourd, il est jaloux du gros lourd parce qu'il charme la femme qui lui plait, il picole pour oublier, il papote avec un ami, mais l'ami lui demande un service qu'il tente d'esquiver, il se retrouve dehors, un peu bourré, à mater les filles pendant que son pote disserte sur la nature de l'art et de la science... Vraiment, les soirées ne sont guère différentes cent ans plus tard. Du coup, ce texte a involontairement un charmant petit goût d'intemporalité. 
  • La bonne marraine. Le texte le plus faible, notamment parce qu'une bonne partie est en rapport avec un livre d'enfant « intraduisible en français », selon le traducteur, et remplacé par une fable de La Fontaine. J'ai eu du mal à m'intéresser au caractère insupportable de cette bonne marraine. Dommage de finir sur une notre négative, mais les trois autres textes valent largement le coup. 
244 pages, 1926, éditions du rocher

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