vendredi 24 juillet 2026

Slow Gods - Claire North

 Slow Gods - Claire North

J'ai beaucoup, beaucoup aimé Slow Gods de Claire North. Probablement la meilleure SF que j'ai lue depuis Greg Egan et Liu Cixin. Pourtant, ça n'allait pas de soi. Il y a pas mal de poncifs ressassés. Un MacGuffin après lequel courir. Un duo humain/IA à la Iain Banks. Une mystérieuse entité surpuissante dont le rôle est révélé à la fin. Un conflit majeur entre empires galactiques, dont l'un est très méchant, avec un grand méchant en chef. Ces méchants, bien sûr, sont des hypercapitalistes. On croise aussi une société hive mind qui s'appelle le Consensus.

Plusieurs éléments font que, néanmoins, ça marche extrêmement bien. Ou du moins que ça colle à mes goûts. D'abord, l'écriture est de très loin supérieure à ce qui se fait généralement dans ce genre. Voire : à ce qui se fait généralement tout court. C'est une écriture qui a de la chair sur les os, une écriture suffisamment dense pour me pousser à interagir pleinement avec elle, à ne presque jamais lire en diagonale. Rares sont les romans de SF dont je puisse en dire autant ces dernières années. Je pardonne les quelques passages en mode poésie vers libres : ils sont très rares.

On pourrait certes trouver des longueurs, mais cette écriture a le bon goût de ne jamais s'égarer dans le trivial. Des scènes de bataille dont d'autres auteurs tireraient des chapitres entiers sont expédiées en quelques lignes, au profit de ce qui compte vraiment : l'intériorité du narrateur, l'exploration de cultures étrangères, le développement des thèmes essentiels.

Le thème principal, je dirais que c'est le nihilisme. Allez, osons la grandiloquence : le nihilisme cosmique. Le narrateur, rendu monstrueux et immortel par un caprice absurde de la Fortune, est condamné à une perspective unique, qui souligne la vanité de toutes les entreprises humaines. Les vies humaines perdues, les souffrances infinies, les mondes avalés par les soubresauts de la physique ou écrasés sous le talon de fer de l'autocratie… Que faire ? Que croire ? Même en étant un dieu, on ne peut, au mieux, que limiter les désastres, la mort et la souffrance. Toute panacée est chimérique. La toute-puissance révèle de nouvelles impuissances, plus vastes encore.

Il y a, vers la fin, une sorte de révélation qui pourrait être extrêmement décevante : la clé, le sens ultime, ce serait l'amour. L'Amour. De la façon dont Claire North s'y prend, je n'y vois pas une niaiserie insipide. J'y vois une sorte de résignation stoïcienne. Rien, dans l'univers, dans autrui, en nous-mêmes, ne dépend de nous. Tout est sujet aux tourbillons de l'entropie, du hasard, de la Fortune. S'il reste une place pour la liberté — et c'est un vaste si —, elle se trouve dans le regard subjectif porté sur l'univers. De sens, il n'y en a pas au-dehors, mais cela n'empêche pas, au-dedans, l'amour de la vie. De toute façon : quoi d'autre ?

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