mercredi 28 août 2013

L'Ève future - Villiers de L'Isle-Adam


L'Ève future - Villiers de L'Isle-Adam

 L'Ève future date tout de même de 1886, et cela en fait mine de rien une œuvre fondatrice de la science fiction. L'illustration de couverture est tirée de Metropolis, et ce n'est pas un hasard, puisque Villiers de L'Isle-Adam décrit dans son roman la création d'une femme artificielle, une "andréide".

Tout d'abord, il est surprenant de constater que dans la forme, L'Ève future prend presque la forme d'une pièce de théâtre. A part vers la fin, l'action se déroule principalement au même endroit et sur une période de temps très courte. Enfin, quand je parle d'action, il faut relativiser, puisque la quasi intégralité du récit est constituée d'un dialogue entre Edison, créateur de génie, et le jeune Lord Ewald, au bord du suicide à cause d'un amour raté. Il faut donc espérer qu'ils se racontent des choses intéressantes, mais malheureusement, c'est loin d’être toujours le cas. L'ensemble est extrêmement riche en références, ce qui a tendance à être assez lourd au bout d'un moment, et les idées échangées entre les personnages ne sont pas d'un intérêt constant, notamment en ce qui concerne la vision de la femme. En gros, il y a deux types de femmes : l'épouse modèle, et la vile prédatrice qui, à l'aide de son maquillage et de ses mauvais instincts, pousse à la perte tant d'hommes innocents. Villiers de L'Isle-Adam passe des dizaines de pages à évoquer ce problème, puisque c'est pour cette raison que Edison crée son andréide : après tout, si la femme n'est que mensonge et si l'homme ne l'aime que pour son physique, pourquoi ne pas créer une femme-objet plastiquement parfaite, et dotée d'un simulacre d'esprit correspondant à ce qu'en attend un homme ? En effet, l'andréide est simplement un objet qui imite la femme, car elle est entièrement mécanique. Pas encore de concept d'intelligence artificielle. Chaque phrase qu'elle déclame a du être enregistrée avant sa création. Et on a droit pendant des pages et des pages à la description du fonctionnement mécanique de l'andréide, ce qui est vraiment usant, car c'est plutôt n'importe quoi. D'autant plus que vers la fin tout devient encore plus flou avec l'ajout d'une dose de surnaturel.

Pour l'instant, je ne dresse pas un portrait très flatteur de L'Ève future, et pour cause, le roman est assez pénible à lire. Malgré tout, on trouve parfois au détour d'une page une réflexion très intéressante sur la nature de l’artificiel, de l'illusion et du réel. Et l’intérêt historique est bien là, car si bon nombre des concepts développés par Villiers de L'Isle-Adam sont périmés, une fois replacés dans leur contexte, ils prennent une autre dimension. Sans oublier le caractère fondateur de ce roman. Bref, mieux vaut ne pas s'attaquer à L'Ève future en espérant un vif plaisir de lecture, mais plutôt en envisagent le coté culturel et historique de l’œuvre.

310 pages, 1886, GF-Flammarion
Pour de la SF de la même époque, à mon gout bien plus intéressante, voir le génial Flatland.

L'avis de Nébal

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