samedi 22 février 2025

Les petits livres dessinés de Samuel Lewis (Une année avec la terre, Redonner vie à la terre, Mon potager)

Ces petits livres (Une année avec la terre, Redonner vie à la terre, Mon potager), publiés à partir de 2020 sont aussi mignons qu’instructifs. Samuel Lewis, jardinier autodidacte ayant beaucoup appris des anciens de sa région (la Bretagne), vit avec sa famille d’une façon quasi médiévale. On entend souvent le mot d’autonomie, la plupart du temps à tort selon moi, mais dans ce cas, je veux bien l’accorder à Samuel Lewis. De la production de nourriture à la construction de bâtiments en passant par la fabrication d’objets du quotidien et la simplicité des besoins, il se rapproche de cet idéal.

Quoi qu’on pense de l’idée d’autonomie, il est indéniable que toutes les idées et compétences que l’auteur parvient à transmettre sont captivantes et utiles. D’autant plus que la forme est remarquable : ces dessins simples mais expressifs, accompagnés parfois de quelques mots, sont plus denses, plaisants, expressifs et didactiques que bien des pavés de texte.

Lien pour acheter les livres directement à Samuel, et lien vers une vidéo détaillée d’une heure sur son projet (en anglais).

Une année avec la terre

La première chose à noter concernant les quelques hectares de Samuel Lewis, c’est qu’ils sont divisés en micro bocages. Il a séparé les terres en petits champs, qui font entre 300m² et 1100m². Ces champs sont séparés par des buttes accompagnées de haies composées d’arbres utiles et fruitiers, qui servent aussi bien de source de nourriture que de bois d’œuvre et de chauffe. De plus, elles hébergent toute une biodiversité utile.

Il y a donc plus d’une vingtaine de ces petites parcelles. Une ou deux servent de potager, une ou deux servent à cultiver des céréales, etc, mais le plus frappant, c’est que la plupart des parcelles servent à produire du foin. Ce foin sert à pailler et amender les parcelles cultivées, qui ne représentent donc qu’une part minime de la surface totale. Dans cette répartition, la majorité des terres ont donc un rôle de soutien et de fournisseuses de biomasse pour une minorité productive. C’est ce choix qui permet d’atteindre l’autofertilité : le compost et le paillage sont produits sur place. Les prairies sont évidemment fauchées à la faux. A noter que même les parcelles qui produisent du blé sont paillées : évidemment, le modèle n’est pas transposable à plus grande échelle.

Samuel Lewis montre aussi comment construire un abri avec charpente faite maison et toit en chaume, un tour à bois, un panier en osier, comment faire son pain, ses cornichons, sa choucroute, etc. J’ai été frappé par sa pile de fagots, trois fois plus haute que lui. En effet, même s’il a une tronçonneuse, il est traditionnellement beaucoup plus aisé de récolter des petites branches en quantité (notamment en tenant les arbres en trogne) que des buches. Même chose pour les traditionnelles meules de foin.

Redonner vie à la terre

Comme il n’y a que peu de texte, ce n’est pas 100% clair, mais je crois que ce livre-là raconte comment un hectare autrefois cultivé en grande culture classique été racheté et transformé. La première étape a été de créer les talus et haies bocagères, pour limiter l’érosion éolienne comme hydrique et ramener de la biodiversité. Ils servent aussi de réservoir à biomasse pour le compost.

De plus, les talus servent à faire de légères terrasses sur la pente (la terre pour faire le talus est prise de façon à aplanir la parcelle sous le talus) et à jouer le rôle de baissières, ou swales : l’eau ne peut plus dévaler librement la pente et les racines des arbres qui poussent sur les talus l’aident à s’infiltrer. C’est selon moi une méthode à manier avec prudence : on ne sait pas quel est le sol de l’auteur, comment sont placés les talus par rapport aux courbes de niveau, etc. Je sais que chez moi, une telle pratique devrait laisser un passage permanent pour l’écoulement de l’eau afin que le terrain ne se transforme pas en marécage en hiver.

Les talus sont plantés en bonne partie avec des arbres champêtres locaux, simplement en récupérant les graines et jeunes pousses sauvages : chênes, châtaigniers, noisetiers, frênes… Bien sûr, comme les parcelles sont petites et les haies bocagères nombreuses, il faut entretenir ces arbres sur le long terme afin qu’ils n’ombragent pas trop les parcelles. La cépée et la trogne jouent ici un rôle capital. De plus, cet « entretien » est à usage multiple, puisqu’il fournit aussi bois de chauffe et d’œuvre, sans compter qu’un ensoleillement renouvelé favorise la fructification de ces mêmes arbres. Par exemple, Samuel Lewis recommande un cycle de 9 ans pour la cépée des noisetiers.

J’ai été étonné par sa façon d’entretenir les chênes en coupant toutes les branches, ne laissant que le tronc et une houppette. Pour le frêne et le châtaigner, c’est un cycle de 25 ans qui est recommandé, avec sélection des rejets de la cépée et ébranchage.

Est aussi décrit la construction d’une maison à partir d’une ruine trouvée sous les ronces, avec pierres du terrain, charpente maison (c’est le cas de le dire), fabrication du foyer de la cheminée, etc. Les ardoises et le bois plus fin viennent d’ailleurs.

On en apprend plus sur le paillage des champs : le paillage se fait en été, mais comme j’ai pu en faire l’expérience, pailler avec du foin c’est bien, mais plein de choses passent à travers. L’auteur effectue donc une intervention en hiver, où il dépaille, désherbe, et paille à nouveau par-dessus les adventices déracinées. Le dépaillage final se fait au printemps avant le passage à la houe. Du moins, c’est pour les cultures d’été.

Il raconte une année difficile, très pluvieuse, où il a néanmoins eu du succès avec le seigle. Enfin, on a des chiffres : 65kg de seigle sur 400m², soit 1085 kcal par jour et par an pour une personne. Disons 1000 kcal car il faut garder des semences pour l’année prochaine. Récolte remarquable ou ridicule ? C’est débattable. En tous cas, Samuel Lewis a l’air heureux.

Mon potager

Je serai plus bref sur ce livre-là, car il s’agit avant tout de conseils de culture au potager, qui sont aussi plaisants à parcourir qu’étonnamment denses, mais je vais pas les retranscrire ici. Notons que Samuel Lewis ne s’arrête pas à la production légumière, il s’intéresse aussi à la production de graines et à la conservation de la récolte.

Pour les fèves, que je sème en automne, il faut que je me souvienne la prochaine fois de refaire un semis au même endroit au printemps, pour voir si ça étend la période de récolte sans nuire à la production des plants plus avancés. Pour le maïs doux, ne pas avoir peur de planter les grains à 10cm de profondeur. Quant aux courges, les faire un peu sécher au soleil avant de les stocker.

J’ai apprécié les quelques pages qui évoquent les expérimentations plus ou moins ratées de Samuel et de son père en potager moderne, c’est-à-dire avec serre bâchée, pots en plastique, carrés de culture bien propres, etc. C’est un beau contraste avec le riche talus qui entoure leur potager d’aujourd’hui : chênes, noisetiers, pommiers, pruniers, groseilliers, cassis, aromatiques…

lundi 17 février 2025

Les sols, un écosystème complexe et vital - La Recherche (janvier/mars 2025)


J'ai crée une section blog sur le site de ma pépinière, où je publie ce genre de truc.

Je copie l'article sur ce bon vieux blog !

Petit compte-rendu sur le dossier concernant les sols du magazine La Recherche (janvier/mars 2025).

 

Comme souvent avec ce format, je trouve que les articles, nécessairement brefs, ont souvent à peine le temps d’aborder leur sujet. Rien ne vaut les livres ! J’en tire néanmoins quelques infos.

Le sol, entre vie et mort

L’entretien avec l’inévitable Marc-André Selosse est une introduction efficace. Les microbes participent à la création du sol, en déstabilisant les roches pour trouver des oligo-éléments. Ils accélèrent donc la vitesse de dissolution des roches, forment des biofilms qui contribuent à retenir l’eau et produisent de l’acide, qui augmente drastiquement la vitesse d’hydrolyse (destruction de la matière par l’eau).

Rappelons aussi l’importance cachée des exsudats racinaires : jusqu’à 40 des produits de la photosynthèse des plantes passent dans le sol, les plantes modifiant ainsi leur milieu.

Les interactions entre la vie du sol et les plantes sont hautement complexes et encore peu comprises. Par exemple, des expériences montrent que les amides seraient à priori essentielles pour la vie des plantes, peut-être parce qu’elles régulent les populations bactériennes, empêchant ainsi les bactéries de monopoliser les nutriments du sol.

Rappel aussi sur les méfaits du labour : forte érosion, favorisation de la transformation de matière organique des sols en CO2 par les bactéries, perte de cette matière organique… Les sols d’Europe ont perdu 50% de leur matière organique depuis 1950. Le sol se retrouve ainsi émettre du carbone plutôt qu’à en stocker. Quant à l’artificialisation des sols, elle serait équivalente à 100 terrains de foot par jour.

Je note les définitions synthétiques de :

  • l’agriculture biologique : pas de pesticide, mais du labour
  • l’agriculture de conservation : pas de labour, mais un peu de pesticides

Le sol, sous le béton

On pourrait croire que l’artificialisation des sols est directement causée par l’augmentation de la population, mais non : l’artificialisation augmente 3,7 fois plus vite que la population. C’est le modèle de la maison individuelle qui serait en cause, mais aussi toutes les zones de services et commerces qui les accompagnent.

Il existe un projet politique de « zéro artificialisation nette » adopté sous forme de loi en 2021. L’objectif est de réduire de moitié la construction sur espaces naturels et agricoles d’ici 2031, et d’arriver à zéro artificialisation nette d’ici 2050. Autant dire que si c’est autant respecté que tous les engagements sur le climat… D’autant plus que la loi n’a qu’une dimension quantitative et pas qualitative, ne faisant aucune distinction entre les types de sol et leur valeur pour l’agriculture ou la biodiversité.

Des pratiques agricoles très différentes

Bien que bref, l’article sur les pratiques agricoles est dense.

  • « L’agriculture conventionnelle considère le sol plutôt comme un support physique pour les cultures, sans grande considération pour les dynamiques écologiques qui s’y jouent. »
  • « A l’opposé, en agroécologie, le sol constitue une préoccupation centrale, car il est perçu comme un écosystème dont le maintien de la santé est essentiel au bon fonctionnement et à la durabilité des agrosystèmes. »

On s’en doute, l’utilisation de pesticides réduit considérablement la quantité et la diversité de la faune du sol. La fertilisation minérale peut réduire la diversité des champignons mycorhiziens. « Au contraire, la fertilisation organique augmente la quantité et la diversité fonctionnelle des micro-organismes et des nématodes ainsi que la diversité végétale des prairies. » Cette diversité végétale entraine la diversité animale ; la diversité globale régule les populations de ravageurs.

On sait que la vie se concentre dans ce que j’appellerais les zones frontières, ou lisières, où plusieurs systèmes sont en contact. C’est le cas aussi dans les sols, avec la rhizosphère (zone d’influence des racines) et la drilosphère (zone d’influence des vers de terre).

Des espèces envahissantes ?

On connait la renouée du japon, une célèbre « envahisseuse », qui a droit à son article. Je l’ai souvent vue dans la nature, mais toujours dans des endroits où le sol avait été fortement perturbé par l’activité humaine. Fun fact : les jeunes pousses sont comestibles (mais attention, les renouées du Japon ont tendance à aimer les sols pollués). De plus, la renouée fleurit en septembre et octobre, ce qui en fait une plante mellifère d’intérêt non négligeable.

Je ne peux m’empêcher d’être sceptique par rapport à la paranoïa qui entoure cette plante, ou d’autres. Proscrire sa vente, certes, pourquoi pas, mais consacrer des ressources à lutter contre elle ? Est-elle vraiment aussi nuisible ? L’article ne parvient pas à m’en convaincre. Je ricane quand je lis que les massifs de renouées « perturbent l’environnement ». Dans ce cas, qu’en est-il des activités humaines, des monocultures sous pesticide, des plantations de pin sur des milliers d’hectares, etc. ? Certes, plusieurs problèmes peuvent cohabiter, mais la différence d’échelle fait que cette pauvre renouée me semble vraiment être prise comme bouc émissaire. Enfin, je ne suis pas expert du sujet.

Il est vrai que cette plante est d’une vigueur remarquable. Géophyte, elle passe l’hiver enfouie dans le sol, où les rhizomes stockent des nutriments. Les rhizomes peuvent prendre des nutriments dans un endroit riche pour les transmettre plus loin, permettant à la plante de s’établir dans des zones pauvres. Super pouvoir : la renouée peut inhiber les bactéries dénitrifiantes du sol, ce qui augmente la quantité d’azote disponible pour elle. Il se trouve que les opérations de destruction de la plante peuvent contribuer à la répandre, puisque ses fragments peuvent s’enraciner plus loin, surtout s’ils sont transportés par l’eau.

L’article suivant évoque une autre espèce envahissante et potentiellement plus dangereuse : les vers plats, qui mangent nos innocents vers de terre et n’ont pas vraiment de prédateurs. Sans surprise, le changement climatique est un facteur important dans leur propagation.

Agroforesterie et carbone

L’article sur l’agroforesterie est forcément un peu léger pour un sujet aussi intéressant, mais rappelons l’un des intérêts principaux de l’agroforesterie : la réduction de l’érosion. Je note un autre intérêt, que je n’avais pas en tête : les systèmes racinaires des arbres joueraient un rôle de « filet de sécurité » pour réduire les pertes de nutriments, notamment les pertes en nitrates. Fascinant, mais je m’étonne : la présence racinaire des arbres n’est-elle pas justement limitée dans les zones de cultures, où passent régulièrement des machines pour travailler le sol ? A quel point les arbres ont-ils des racines en profondeur sous les cultures pour récupérer les nutriments ? On sait en effet que les racines des arbres ont tendance à rester proches de la surface, là où tombent les matières organiques naturelles et où se concentre la vie (contrairement à ce que représente l’illustration en couverture du magazine).

En agroforesterie, s’il y a forcément une perte de rendement à l’hectare pour la culture principale (céréales par exemple), le rendement total, en prenant en compte les fruits, le bois, etc., à tendance à être plus élevé, sans compter les bénéfices agronomiques et écologiques.

Un autre article évoque l’importance du sol dans le stockage du carbone. Des sols perturbés libèrent du carbone, alors que des sols sains ont la capacité d’en absorber. Bien sûr, ce n’est pas juste avec des sols vivants et riches en carbone qu’on stoppera le changement climatique, loin de là, mais c’est un angle important, d’autant plus qu’un sol riche en carbone absorbe mieux l’eau, est plus fertile, plus riche en biodiversité, etc.

La vie comme remède

Point vocabulaire sur diverses façon de solutionner la pollution des sols avec les micro-organismes :

  • La biostimulation : stimuler l’activité des micro-organismes déjà présents dans le sol pour dégrader les matières polluantes.
  • La bioaugmentation : introduire des souches spécifiques.

Tout ça sonne très bien, et il est passionnant de constater les capacités variées des formes de vie microscopiques, mais forcément, c’est très difficile à mettre en place à grande échelle. Et couteux. Le mieux reste, bien sûr, de ne pas polluer.

Par ailleurs , la façon suivante de traiter des sols radioactifs (et donc assez localisés) est frappante. Le césium radioactif ressemble moléculairement au potassium. La phytoextraction consiste à cultiver des plantes capables d’absorber et accumuler le césium à cause de cette ressemblance. Après, qu’est-ce qu’on fait du césium, je ne sais pas… La recherche génétique s’emploie à créer des variétés capables de bloquer l’arrivée du césium jusqu’aux parties consommables des plantes. Comme d’hab, le mieux reste de ne pas polluer.

Fait saisissant : chaque année, en France, plus de 245 millions de tonnes de terre sont excavées du territoire pour la construction d’infrastructures souterraines (parkings, métro, fondations…). On appelle globalement technosols ces « sols » constitués de matières fabriquées (béton, etc.) ou excavées par les humains. Il existe des projets pour transformer les technosols en sols vivants en utilisant des vers de terre à grande échelle, mais ça me semble être un techno-solutionnisme utopique qui n’est pas sans rappeler le roman Humus de Gaspard Koenig. La section « start-up » du dossier du magazine rajoute une bonne couche de techno-solutionnisme. Bien sûr, je souhaite le succès de ces entreprises, mais il est frappant que ce dossier se conclue sur des start-ups technophiles.

samedi 1 février 2025

The resilient farm and homestead (revised edition) - Ben Falk

Un livre que j'ai déjà lu, en version numérique, dans son édition précédente, dans lequel Ben Falk évoquait ses 10 années d'expérience de gestion d'un lieu de vie rural. Aujourd'hui, réédition fortement révisée, expurgée et développée, après 10 ans d'expériences supplémentaires. Cette fois, je me le suis procuré en version physique. Et pour moi, c'est bientôt 3 ans passés à vivre dans un cadre qui ne mérite sûrement pas les qualificatifs de farm ou même homestead, mais qui s'en rapproche.

Rappelons que c'est un bouquin long, dense, inégal, qui évoque autant une philosophie de vie que les moyens pratiques de pratiquer cette vie. L'auteur est parfois bavard, ou un peu trop flou, mais il n'empêche que qui est intéressé par ces sujets (moi par exemple) ne peut manquer d'en retirer de la substance. Mentionnons que l'auteur gagne sa vie entant que consultant en design de homestead, et que, avec sa compagne et leur fils, il produisent eux-mêmes 75% de leur nourriture. J'aurais aimé un peu plus de recul sur l'idée de résilience et la dépendance à technique : l'auteur prépare tout à fait sagement le déclin de la ressource pétrolière, par exemple, mais imagine-t-il la vie sur sa ferme sans voiture, tracteur, tronçonneuse ? A quel point serait-ce tenable ? C'est peut-être un peu hors-sujet, car prospectif, mais quitte à parler de résilience, autant aller jusqu'au bout.

Un mot sur la fameuse (ou malfamée) permaculture, terme qui est encore cher à Ben Falk : « Permaculture can be thought of as applied disturbance ecology. » Dans le sens où l'idéal du naturel n'est qu'un idéal, et que humain n'est qu'un organisme parmi tant d'autres occupé à façonner l'environnement à son avantage. L'objectif ici étant de façonner de façon durable, soutenable, plutôt que destructive et insoutenable.

Un mot sur l'idée de complexité biologique alliée à une simplicité technologique : « Resilience is greatest when living aspects of a system are complex, diverse, and connected, while the nonliving aspect of the system are simple. This is rooted in the fact that technical systems are constantly prone to entropy and are always moving towards failure, whereas living systems actually ted to build higher levels of order in time. »

Sur la gestion des herbages, et leur caractère précieux. Je retrouve des éléments que j'évoquais récemment : « You only build soil as deeply as you can get plant roots to penetrate, so the taller you let your yard or pasture grow before it's cut or grazed, the more soil you're making. » Ben Falk évoque à cette occasion les difficultés rencontrées pour créer des pâturages de qualité à partir de friches. Finalement, une solution miracle et intemporelle : le brulis, suivi d'une intervention plus moderne : le semis des espèces à fourrage désirées. D'ailleurs, à propos des semis d'engrais verts, je retiens l'idée suivante : faire des semis légers mais fréquents au lieu d'un unique semis, plus sensible aux aléas.

Toute la partie sur les swales, ou baissières en français, me laisse encore sceptique. C'est sûrement une question d'adaptation aux conditions locales. Le but est de récolter et de retenir l'eau sur le site, mais pour moi, sur mon terrain au sol pour l'essentiel lourd, argileux et hydromorphe, le défi serait plutôt d'évacuer l'eau pendant les trois quarts de l'année et de la retenir pendant seulement un quart de l'année. Pourtant, Ben Falk semble évoquer des conditions de sol proches des miennes. Ce qui ne fait en revanche guère de doute : dans ces contions de sol lourd, planter les arbres sur des buttes (buttes crées justement avec la terre sorties pour faire les baissières et placée immédiatement parallèles à elles) est pertinent afin de limiter l'asphyxie racine tout en créant une zone plus successible de garder l'humidité pour les racines (la baissière, ou fossé, justement). Donc les swales seraient-elles essentiellement utiles dans un objectif autant de plantation d'arbres (fruitiers et autres) autant que de gestion de l'eau ? C'est ce que je crois comprendre.

Ben Falk consacre quelques pages tout à fait pertinentes à l'obsession de la propreté et la perte de temps et de ressources qu'elle représente, surtout dans un contexte de travail de la terre quotidien. Fun fact : je ne me lave pas les cheveux, jamais, vraiment, et tout va bien, ils ont l'air parfaitement normaux et passent tous les examens des curieux qui viennent les regarder de près.

Selon l'auteur, un rapport sensé et soutenable avec l'environnement n'est possible que dans un cadre de « responsabilité directe » où chacun a directement à subir les conséquences de ses actions. C'est limpide : si survie et bien-être dépendent directement des actes accomplis au quotidien dans l'environnement, alors non seulement il serait insensé d'avoir un rapport destructeur avec cet environnement, mais en un sens, et c'est moi qui l'ajoute, ce serait impossible. Enfin, dans l'idéal : l'Histoire ne manque pas d'exemples de civilisations plus ou moins grandes épuisant les ressources qui leur permettent d'exister. Néanmoins, sont désirable connexion intime et long-termiste avec un lieu.

La partie consacrée à l'élevage et l'éducation d'enfants dans ce contexte de homestead est également hautement pertinente. Ne pas supposer qu'un enfant ne peut pas faire telle ou telle chose, mais l'accompagner dans ses envies naturelles, vers l'expérimentation et donc, nécessairement, l'échec. Accepter une part de risque, car ce n'est qu'en sortant de sa zone de confort qu'on apprend, tout en offrant support permanent. Savoir renoncer à une part de contrôle. Montrer plutôt que simplement expliquer. J'apprécie la longue liste fournie de savoirs concrets, du genre qu'on apprend pas à l'école et que je suis encore très loin de maitriser, alors qu'un enfant élevé dans un contexte comme celui de Ben Falk pourrait les maitriser avant l'adolescence.

Je vais terminer sur la longue liste d'éléments que Ben Falk évoque afin de maintenir et promouvoir la santé. Encore une fois, c'est pertinent. Sans détailler ses arguments, je vais voir comment je m'en sort.

  • Temps libre et spontanéité. Oui, c'est pour moi une priorité depuis longtemps, et j'y suis plutôt parvenu. Globalement, je fais ce que veux. Du moins, je jouis d'un niveau de liberté que suppose supérieur à celui de la grande majorité de la population.
  • Mouvement. Oui, je suis très actif physiquement. Je travaille beaucoup en extérieur, avec des plantes, avec mes muscles et mon agilité autant (ou presque) qu'avec mon esprit et mon raisonnement. C'est bien.
  • Hygiène du sommeil. Je m'en sors bien. Je m'endors très facilement, je fais régulièrement des nuits complètes, même si je souffre parfois d'insomnies. J'écris par exemple ce compte-rendu après une nuit de 3 heures. C'est un problème sur lequel je travaille activement ces temps-ci.
  • Temps en extérieur. Oui, beaucoup. 
  • Manger modérément / jeûner. J'ai commencé à m'intéresser à la nutrition il y a peut-être 10 ans et j'ai beaucoup travaillé à améliorer mon hygiène alimentaire et à dépasser mes addictions. Je reconnais les vertus du jeune intermittent, ou occasionnel, mais au contraire j'ai tendance à manger un peu trop et selon un rythme qui ne me convient pas toujours. La raison est sociale : on vit à quatre. Je vais travailler à me réapproprier mes rythmes alimentaires, qui incluent aisément le jeune intermittent.
  • Amour, connexion, beauté. Oui. Le social, c'est peut-être le plus important, difficile et délicat de tous ces éléments !
  • Exposition au soleil. Oui, et je reconnais son importance. Travailler plus souvent dehors en sous-vêtement, peut-être ?
  • Calme, réflexion, gratitude. Oui. Je m'en sort bien sur ce plan-là, d'une façon assez innée.
  • Créativité et travail manuel. Oui. Le projet de pépinière fruitière est justement une façon de marier ces deux éléments.
  • Temps personnel. Oui, même en vivant à quatre. J'ai tendance à en vouloir encore plus, mais je connais mes prédispositions et je préfère lutter un peu contre celles-ci.
  • Partage et entraide. Oui, à mon sens. Je suppose que certains pourraient me qualifier d'égoiste, mais mon approche du partage est peut-être la suivante : un regroupement d'égoistes épanouis dont les aspirations convergent et s'entremêlent.
  • Non addiction aux médias. Voilà bien un point auquel je ne peux répondre oui. Je suis accro à la stimulation, et bien que je passe l'essentiel de mon temps dehors, je suis surconnecté. Il y a des inconvénients, mais aussi des avantages.
  • Détox tous les jours. A partir de ce point, et pour les suivants que je ne vais pas évoquer, Ben Falk parle de notions de santé plus générales et envers lesquelles j'émets parfois des doutes (par exemple cette idée de détox utilisée à tort et à travers). Ceci dit, l'essentiel est juste : esquiver autant que formes les diverses formes de pollution inventées par la modernité (sans renier les miracles techniques et médicaux de cette même modernité) tout en privilégiant le contact permanent avec la nature et le naturel, pour des raisons de santé autant physiques que mentale.

lundi 6 janvier 2025

Phère, Thyeste, Les Troyennes - Théatre complet de Sénèque #1

  • Phèdre

Quelle vivacité ! Phèdre est amoureuse d'Hippolyte, fils d'un mariage précédent de son mari Thésée. Évidemment, tout le monde va mourir et beaucoup souffrir. La trame est fort simple, mais fluide et limpide. Catharsis du lecteur face à l'hubris des personnages, forcément. Ce qui fait que c'est excellent, c'est l'écriture de Sénèque. Il y a de nombreux passages que j'ai voulu déclamer à haute voix, des passages tragiques, ou d'autres plus, disons, philosophiques. Ce sont des idées simples, sur l'injustice de l'existence, l'absurdité de toutes choses, le réconfort que procure la nature, etc., mais évoquées avec une élégance et une puissance intemporelles. Je pense notamment à cette longue tirade d'Hippolyte sur la nécessité de fuir les villes et les puissants :

Là-bas dans les montagnes vivent les Purs
Libres de la rage de posséder
Libres de la rage de gouverner
Les peuples versatiles et les foules infidèles
Insensibles à la jalousie mortelle
Aux succès éphémères
Ils n'obéissent ni aux caprices du tyran
Ni à la tyrannie de leurs ambitions
Ils regardent indifférents
Les drames du pouvoir et la puissance qui passe de mains en mains

Je ne cite que le début, ce sont de belles pages, où on retrouve d'ailleurs le mythe d'une humanité déchue, qui aurait quitté un état primitif mais qualitativement supérieur. Et Phèdre, femme tragique dans la lignée de Médée, n'est pas sans sa flamme étincelante, une puissante énergie vitale, une énergie qui inévitablement la condamne :

Fini la tapisserie !
Les fils s'échappent de mes mains.
J'ai perdu le goût de la religion.
Assez de prières, d'offrandes, de processions !
Je n'irai plus avec les matrones vénérer la déesse du pays
je n'agiterai plus les torches des mystères
Pitié, pureté, chasteté, assez !

Pour conclure, je cite le chœur :

Le désordre et le hasard ordonnent aux affaires humaines
Ils ont lancé en aveugle les maux et les biens

  • Thyeste

La pire des vengeances, le pire des crimes : faire manger ses fils à un père. J'ai quelques doutes sur l'intérêt du début avec le fantôme de Tantale, mais encore une fois, cette histoire classique est sublimée par l'écriture de Sénèque. Il y a quelques pointes philosophiques, je pense notamment au second chœur :

La mort n'est pénible
Que pour un homme illustre
Tous les gens le connaissent
Mais lui, le jour de sa mort
Ne se connait pas lui-même

On retrouve aussi l'image récurrente de la roue de Fortune, qui rappelle aux hommes que leur sort est le fruit du chaos. Quant à l'horreur du crime décrit, Sénèque s'attarde plaisamment sur les descriptions. Je retiens l'image du feu qui se détourne du crime qu'Atrée lui fait commettre :

Le feu tente d'éviter ces nourritures posées sur lui
Le feu sort hors du foyer
Deux fois, trois fois
Atrée le remet en place
Malgré lui il brule

Et les lamentations ultimes de Thyeste :

Toi, la Terre
Tu acceptes que depuis ton sol
On attente à l'ordre du monde
Toi la Terre
Tu ne t'es pas effondrée dans les profondeurs infernales du Styx
Pour nous y engloutir avec toi
A ce pays et à son prince
Tu n'ouvres pas une voie royale
Jusqu'au Néant abyssal
  • Les Troyennes
Dès la première page, il est à nouveau question de la Fortune. Sinon, je n'ai fait que lire cette pièce-là en diagonale. Troie est envahie, les troyennes se lamentent, et les chefs de guerre papotent ; la narration est particulièrement légère et j'avoue n'avoir pas fait trop d'efforts pour dépasser le manque d'intérêt qui m'est rapidement apparu, car il reste pas moins de six pièces dans ce recueil, largement de quoi ne pas avoir à se forcer.

lundi 30 décembre 2024

Biologie de Campbell #16 - Les bases moléculaires de l'hérédité

Biologie de Campbell #16 - Les bases moléculaires de l'hérédité

La première partie de ce chapitre est consacrée à un historique de la découverte progressive du rôle de l'ADN en tant que matériel génétique.

Chaque monomère d'ADN contient un "squelette" qui sert de structure et de lien avec d'autres monomères, ainsi qu'une base azotée T, G, C ou A, qui est l'unité d'information. Les bases azotées des deux brins qui se font face sont reliées par des liaisons hydrogènes. L'adénine (A) s'apparie toujours avec la thymine (T) et la guanine (G) avec la cytosine (C). Par exemple, partout où un brin de la molécule d'ADN porte un A, l'autre brin porte un T. 

Biologie de Campbell #16 - Les bases moléculaires de l'hérédité

LA RÉPLICATION DE L'ADN

Comme chacun des deux brins de l'ADN est ainsi totalement déterminé par l'autre, quand ils sont séparés, ils peuvent tous deux servir de "moule" pour la génération d'un nouveau brin, identique à celui qui vient d'être perdu. C'est ainsi qu'une seule molécule formée de deux brins d'ADN se réplique.

On estime que le génome humain contient environ 6 milliards de paires de nucléotides.

On estime qu'il suffit de quelques heures pour répliquer tous ces nucléotides.

On estime aussi que la réplication de ces nucléotides s'effectue avec un taux d'erreur extrêmement faible : 1 erreur pour 10 milliards de nucléotides répliquées. Évidement, ces erreurs sont capitales dans le processus évolutionnaire.

Le reste du chapitre détaille les processus en cause dans la réplication de l'ADN.

Je note que la synthétisation du nouveau brin d'ADN est réalisé dans la foulée de la séparation entre les deux brins originaux. Chez les organismes eucaryotes, divers "yeux de réplication" émergent le long d'une molécule d'ADN à double brin, molécule qui commence donc à se séparer et se dupliquer en plusieurs endroits en même temps (jusqu'à plusieurs milliers), ce qui explique en partie la vitesse du processus. Un nouveau brin est synthétisé dans la foulée et les yeux se rejoignent jusqu'à ce que deux molécules à deux brins émergent de la molécule originelle

Biologie de Campbell #16 - Les bases moléculaires de l'hérédité

Chaque extrémité d'un œil de réplication prend la forme d'une fourche de réplication en forme de Y : c'est comme la  fermeture éclair d'une veste qu'on défait, sauf qu'une nouvelle moitié de la fermeture est générée sur chaque pan de la veste qui vient d'être ouvert.

Je passe plusieurs pages de détails et développements sur les mécanismes de la réplication de l'ADN.

L'information génétique encodée doit être entretenue. Il existe des mécanismes de réparation des lésions de l'ADN, lésions à causes variées, par exemple les rayons ultraviolets du soleil. Ces lésions dans l'ADN sont généralement corrigées avant qu'elles ne deviennent des modifications permanentes, c'est-à-dire des mutations, qui se reproduisent au cours des réplications successives. On connait ainsi 170 enzymes de réparation de l'ADN chez l'humain.

Les eucaryotes ayant un ADN linéaire (contrairement aux procaryotes qui ont un ADN circulaire), un problème se pose quant à l'extrémité des brins d'ADN : à cause des mécanismes du processus de réplication, les extrémités ne peuvent se reproduire, et chaque brin enfant est plus court que les brins parents. Pour empêcher la perte de matériel génétique, les extrémités des brins d'ADN sont constitués de centaines ou de milliers de séquences nucléotidiques particulières appelées télomères. Ce ne sont pas des gènes, mais des "tampons" qui retardent la perte de gènes. Les télomères raccourcissent à l'issue de chaque réplication. Il existe une enzyme spécialisée, la télomérase, qui, dans certains cas, comme dans les cellules reproductrices, vient synthétiser les télomères pour maintenir cet effet tampon.

Le raccourcissement normal des télomères pourrait protéger du cancer en limitant les capacités reproductives de chaque cellule, limitant ainsi l'accumulation d'erreurs génétiques. Il semble que les cellules cancéreuses utilisent la télomérase pour se maintenir.

LA COMPACTION DU MATÉRIEL GÉNÉTIQUE 

On trouve pages 364-365 un schéma détaillé expliquant la condensation de la chromatine (complexe d'ADN et de protéine) dans un chromosome eucaryote. En gros, il y a une multitude d'enroulements et encore d'enroulements pour que tout ce matériel génétique linéaire puisse tenir dans les cellules. Les nucléosomes sont comme des "rouleaux" autour desquels la chromatine vient s'enrouler. Ainsi un chromosome, le "tas" final de matériel génétique enroulé, est en bonne partie constitué de nucléosomes.

vendredi 27 décembre 2024

Gérer deux hectares de terrain sans tondre (et sans stresser)

Une nouvelle petite vidéo, cette fois sur la gestion d'un relativement grand terrain sans tondeuse.

J'ai filmé ça il y a plus d'un mois déjà. Je ne ne la publie que maintenant car j'étais assez occupé, et aussi parce que je me sens parfois un peu con à publier ces vidéos de moi qui parle face à la caméra. Mais bon, il faut bien faire des trucs, alors je fais, je fais.

dimanche 15 décembre 2024

Expiration - Ted Chiang

Expiration - Ted Chiang

Le marchand et la porte de l'alchimiste (4/5)

Du voyage temporel dans une ambiance de conte oriental, avec récits insérés dans le récit, à l'ancienne. Évidemment, Ted Chiang n'a certainement pas su me convaincre par rapport aux paradoxes inhérents aux récits sur le voyage temporel. En revanche, c'est sûrement l'une des meilleures histoires à ce sujet qu'il m'ait été donné de lire. Tout conte a une morale, ici quelque-chose sur l'acceptation, l'impossibilité de changer les évènements, etc., franchement rien d'extraordinaire, mais la narration est une totale réussite, avec ces divers personnages qui utilisent le voyage temporel avec sagesse ou déraison, et un final simple mais touchant.

Expiration (5/5)

On croirait lire Greg Egan. Une civilisation d'humanoïdes mécaniques s'apprête à découvrir l'entropie. Tout d'abord, notre narrateur, au cours d'une scène particulièrement excellente, effectue sur lui-même une opération chirurgicale pour examiner son propre cerveau de près. Il découvre ainsi que les rouages de la pensée ne sont rien d'autre que des mouvements d'air dans un complexe assemblage de feuilles d'or, ce qui en soi est un chamboulement philosophique total. De plus, au cours de leur utilisation de l'air comme "combustible", ces humanoïdes dépressurisent l'air pressurisée qui les nourrit, contribuant ainsi à une égalisation de la pression totale de l'air, ce qui à terme empêchera les mouvements d'air qui créent leur pensée, car ces mouvements sont causés par un différentiel de pression. La parabole est efficace à plusieurs niveaux. Excellent.

Ce qu'on attend de nous (3,5/5)

Micro-fiction de quelques pages sur l'absence de libre arbitre, absence qui, une fois prouvée empiriquement, rend fou. Pas mal 

Le cycle de vie des objets logiciels (2/5)

De loin la nouvelle la plus longue du recueil et de loin la moins bonne jusque-là. Je l'ai terminée en lisant en diagonale. Il y est question des digimos (et pas des Digimons), des sortes d'IA façonnées à base d'ADN pour servir d'animaux de compagnie intelligents dans les mondes virtuels. Un petit de groupe se prend d'affection pour eux et refuse de les laisser tomber quand ils sont passés de mode. Le récit se déroule sur des années et on suit les difficultés que rencontre ce groupe qui tente de s'occuper des digimos comme s'ils étaient des petits humains. Déjà, je n'ai ressenti aucun attachement pour les personnages. Les digimos parlent constamment en mode enfantin ("moi aimer toi, moi vouloir manger"), ce qui, en plus d'être extrêmement irritant, enlève toute impression de progrès de leur part, alors que le récit se déroule sur un temps long. Quant aux humains, il n'existent qu'à travers leur relation avec les digimos, et ils m'ont fait penser à des vieux gâteux obsédés par leurs caniches. Surtout, c'est beaucoup trop long, il ne se passe rien de grand intérêt et on tourne très rapidement en rond.

La Nurse automatique brevetée de Dacey (2,5/5)

Un concept très sympa : et si, au début du vingtième siècle, on avait essayé d'élever les nourrissons avec des automates ? S'ensuit un attachement émotionnel non aux traits humains, mais aux machines. L'exécution pèche par manque de développement et d'intérêt narratif.

La vérité du fait, la vérité de l'émotion (2/5)

Sur le principe, j'apprécie ce que tente cette nouvelle, mais l'exécution est pénible. Le propos est simple : la façon donc fonctionne notre mémoire, faillible et subjective, est en tension avec les techniques que sont l'écriture et la vidéo, qui permettent théoriquement de fixer le réel. L'auteur en fait non pas une, mais deux trames parallèles, non liées, l'une située dans le passé (concernant l'écriture) et une autre dans le futur (à propos de la vidéo). C'est trop, surtout que c'est narrativement paresseux. Il y a beaucoup trop d'explications, et au lieu de sublimer l'idée dans la narration, l'auteur fait de la dissertation sentencieuse.

Le grand silence (1/5)

Quelques pages où un perroquet dit des banalités sur le paradoxe de Fermi et l'injustice de la destruction de la faune sauvage. Sans intérêt et pontifiant.

Omphalos (4,5/5)

Excellent point de départ, et cette fois bien traité. La doctrine créationniste est réelle : le monde a été créé il y a 8000 ans, et tous les faits archéologiques le prouvent. Les fossiles d'arbres ce cette époque n'ont plus de cernes en leur centre, les coquillages n'ont plus de couches de croissance, les momies n'ont pas de nombrils... La science est le plus authentique soutien rationnel de la foi. C'est très fun. Une découverte astronomique vient cependant chambouler cette foi : il se trouve que le centre de l'univers est... une autre planète. Quoi, cette Terre-là ne serait qu'un brouillon ?! Franchement, brillant. Dommage que la conclusion, où la narratrice prétend combattre l'absurde par le libre arbitre, soit narrativement et philosophiquement maladroite .

L'angoisse est le vertige de la liberté (pas fini/5)

Un peu la même idée que dans Signal to Noise d'Alastair Reynolds, nouvelle lue récemment : il existe un objet qui permet de lier deux univers parallèles et de communiquer entre eux. Cet objet est accessible au grand public et plein de gens l'achètent pour papoter avec leur version parallèle. Il est évident que c'est une mauvaise idée : c'est la version ultime de la comparaison perpétuelle à autrui, en pire. C'est très long, presque 100 pages, et la narration est assez lente et peu captivante. Comme souvent, je me suis rapidement mis à lire en diagonale, sans avoir l'impression de rien rater.