samedi 2 janvier 2021

Mini carnet de voyage : 3 jours de marche et bivouac fin décembre de Souillac à Figeac via Rocamadour

Mini carnet de voyage : 3 jours de marche et bivouac fin décembre de Souillac à Figeac via Rocamadour
En rouge, mes lieux approximatifs de bivouac (cliquer pour agrandir)


Chaque année, mon noël familial est en décalage avec les dates des réjouissances officielles. Cette fois, c'était le 27, 28 et 29 décembre, dans la maison d’une cousine, pas loin de Figeac. De plus, suite à une année passée à un tiers enfermé seul entre quatre murs très étroits, je ressentais (et je ressens toujours) un puissant besoin de grand air et d’activité physique. Et j’avais envie de me frotter un peu aux conditions hivernales, ou du moins à ce qu’il en reste.

Donc, grâce à une météo qui s’annonçait froide mais peu pluvieuse, j’ai décidé de faire Souillac – Figeac à pied, en passant par Rocamadour, sur le GR6. Je savais qu’il allait pleuvoir fortement le 27 au soir, il fallait donc que je n’arrive pas trop tard. Un objectif précis en lieu comme en heure, parfait.

(Les photos sont prises avec mon téléphone portable.)


25 décembre 2020

Le train me débarque à Souillac à 12h20. C’est Noël, il fait froid, la ville est déserte. Il y a plus de corbeaux que d’humains. Je longe un peu la rivière, je sors rapidement de la petite agglomération et j’atteins les collines boisées. Immédiatement, je tombe sur de splendides exemplaires de rosier des chiens. Je mange quelques baies. J’en trouverai régulièrement tout au long des trois jours, ce qui sera l’occasion de découvrir toutes les nuances de goût et de texture de ce petit fruit. C’est aussi une source de vitamine C non négligeable, qui vient prêter renfort aux clémentines pour m’assurer un système immunitaire respectable. Il ne fait pas si froid et je me retrouve rapidement à retirer mon gros manteau, qui passera le reste de la journée, et une bonne partie du lendemain, accroché à mon sac.

C'est moi ! 13h19

15h38

Je traverse la Dordogne et le chemin se met à suivre l’Ouysse. Des falaises apparaissent, puis un canyon. De grosses masses de roche semblent menacer de s’effondrer sur ma tête. Le temps passe vite, les journées sont courtes, et je songe à trouver un endroit où dormir. Je m’autorise à être exigeant et je laisse passer plusieurs opportunités. La nuit tombe, elle est presque là, et je réalise que je vais atteindre un petit col, le col du Crouzol. Une famille qui regardait sans doute le coucher du soleil s’en va, et moi, je m’installe. Euphorique après cet après-midi de stimulations fraiches et d’effort soutenu, je suis presque tenté de dormir à la belle étoile, mais la météo annonce quelques gouttes, alors je sors la tente. De toutes façons, même sans pluie, la belle étoile aurait été une grossière erreur : par ces températures, et avec mon équipement, même la très modeste protection calorifère de la tente est bonne à prendre.

J’installe mon fidèle matelas en mousse à 5€, sur lequel j’étale mon épais manteau, pour un bonus d’isolation. Puis je sors le sac de couchage, hélas pas aussi abordable. C’est la première fois que je le teste : mes précédentes tentatives d’aventures en saison froide ont dû être annulées à cause du second confinement. Température confort limite du sac : 1 degré. Or, cette nuit, je sais qu’on descendra dans le négatif. Je place un drap de soie dans le sac, puis je me glisse dans tout ça. Tout habillé, bien sûr, mais au début je retire ma veste à capuche pour m’en servir d’oreiller. Je comprends vite que ce n’est pas une bonne idée, je remets la veste, y compris la capuche, et j’utilise mon écharpe comme oreiller. Il n’est que 18h. J’ai de la lecture, mais aussi du réseau internet, et, je l’avoue, entortillé et fatigué comme je suis, internet est plus tentant que la lecture. Je m’endors rapidement, vers 20h ou 20h30.

Le gel du 26 matin, 7h39

La tente gelée est pliée, 8h11

26 décembre 2020

Ma nuit est très hachée, mais je me réveille plus sérieusement vers 4h. Je n’ai pas trop froid, pas au point d’être vraiment dans l’inconfort. Je mange quelques biscuits qui, sans doute, me réchauffent de l’intérieur, et je fais encore deux sommes de 20 minutes avant de me lever vers 7h30. Surprise : comme il a plu hier soir et gelé pendant la nuit, ma toile de tente extérieur est littéralement glacée. Avoir avoir secoué la toile prise par une fine couche de glace ou de givre dans la pénombre qui précède l’aube, je m’amuse à la plier, à main nue, car je n’ai pas pris de gants. Je plie la toile pendant trois secondes, avant de réconforter mes mains mécontentes sous mes aisselles ou derrière les genoux de mes jambes repliées, puis je recommence.

Après la traversée de Rocamadour, 9h07

9h15

Je pars avec le soleil naissant, et, seul dans ces quasi-montagnes couvertes de gel, je suis exalté. Le chemin est court jusqu’à Rocamadour, où, pendant toute ma traversée du village, je ne verrai pas un seul être humain. Le soleil vient frapper les constructions haut-perchées et la lumière orange descend lentement au fil de ma progression. Quittant Rocamadour, je retourne dans le canyon, cette fois plus ombragé, plus boisé, envahi par une quantité surréaliste de mousse qui s’accroche à absolument tout. Il y a aussi des ruines de moulins dont on peut encore voir les pierres à moudre. Moment aventure : je dois traverser la rivière sur une poutre, ce qui est rendu presque inquiétant par le gel. Malgré son caractère quasi parasitique, j’aime la mousse, sa verdeur entêtée et sa douceur aussi visuelle que tactile. Ensuite, contrairement à ce qu’indique ma trace GPS, le balisage me fait grimper hors du canyon avant de m’y faire replonger une demi-heure plus tard. Au moins, ce détour est l’occasion de vues joliment plongeantes, juste ce qu’il faut pour ne pas activer mon vertige.

Royaume de la mousse, 9h47

Meules du "moulin de la mouline", 9h56

10h30


Après Gramat, le paysage change aussi brusquement que radicalement. Finie la froide illusion sauvage du canyon moussu, et bienvenue dans les chemins à murets de pierre, chemins couloirs qui semblent s’étendre perpétuellement entre des terrains privés. D’abord, les chemins sont tout simplement beaux et agréables, et les terrains sont de petits pâturages si accidentés qu’on se sent bien loin de la modernité. Plus tard, ce déluge de propriétés privées devient plus classique. Les terrains sont plus grands, à la fois plus fertiles et plus stériles. Malgré les couleurs chatoyantes du soir, contre le marcheur en quête d’autre chose, ils élèvent une impression d’hostilité. Je cherche un coin où dormir, mais les champs sont devenus si vastes, si nus, que c’est difficile. Alors qu’il fait déjà presque noir, je jette mon dévolu sur une petite parcelle où, dans la noirceur, ma tente sarcophage se révèle, je l’espère, presque invisible. La brume tombe, et je me glisse dans mon intérieur relativement chaleureux. Ce n’est pas la même paix que sur le col. Il y a les bruits des arbres, des aboiements de chiens au loin et une voiture occasionnelle. Je mets des boules quiès.

14h11

Une "caselle", 15h14

16h28

27 décembre 2020

Ma nuit est encore une fois très hachée. Je me lève plus tôt que la veille. Je plie ma tente et laisse le champ derrière moi bien avant le lever du soleil. Après Lacapelle-Marival, je grimpe une grosse colline boisée. Cette fois, il fait vraiment froid. Je ne quitte pas mon manteau, au contraire, je le ferme, et me calfeutre avec l’écharpe. Dans ce froid mordant, ces bois gelés et ces hauteurs contemplatives, je me sens vraiment dans un ailleurs aussi séduisant que passivement agressif. Je marche dans les glands déjà trop vieux, dans les châtaignes non ramassées, et les rosiers des chiens sont abondants. Je ne me sers que dans ces derniers. Aujourd’hui, le ciel est lourd, je le sens peser sur le monde, et comme le soleil ne se montre qu’à travers une bande orange qui borde l’horizon, on a l’impression qu’il ne s’est pas levé ce matin, qu’il se contente d’un minuscule arc nordique.

8h15
10h

Froid, 9h45

La journée progresse et commence presque à mériter son nom de journée. Je suis un peu abruti par le froid et la fatigue accumulée. La longue redescente de la colline est moins enthousiasmante. Je me rapproche de Figeac avec morosité. Ensuite, une fois à Figeac, il me reste une bonne heure de marche vers l’est. De nouvelles collines à grimper, et je commence à me sentir faiblir, mais la joie du relief et la vue sur la ville enserrée dans son petit cocon de terre est réjouissante. Dans les talus, plein de pissenlits, de chélidoine, de fraise des bois. La nuit tombe et mes pieds, qui n’ont pas quitté leurs chaussettes depuis trois jours, commencent à se plaindre. Les épaules aussi font mal, parce que mon épais manteau ne permet pas aux bretelles du sac de bien répartir le poids. Surtout l’épaule droite, comme d’habitude.

J’atteins la maison avant la nuit, comme prévu peu de temps avant l’arrivée de la pluie. Je suis franchement fracassé et je vais me coucher de loin le premier. Mes cousins ivres me réveillent à 3h du matin : comme quoi, les cols et les champs ont leurs avantages.

10h27

12 commentaires:

  1. Magnifiques photos,ces tapis de mousse,ce lever de soleil,des merveilles de la nature..Je connaissais e caselle corses qui sont des anciens abris de bergers. Curieux de retrouver le terme en Dordogne.
    Merci pour ce reportage et très bonne année,belles randonnées, belles lectures.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci ! Je ne suis pas totalement certain du terme "caselle" ceci dit, mais il me semble que c'est ça. Au moins, c'est le même concept !

      Supprimer
  2. J'espère que tu avais un bon duvet…

    Bonne année !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, je n'aurais pas fait ça sans l'assurance de dormir au moins quelques heures par nuit !

      Et bonne année aussi :)

      Supprimer
  3. Merci pour ce récit. Bonne année

    RépondreSupprimer
  4. Ton équipée me donne envie d'enfiler des chaussures de rando. Et pourtant je suis plutôt cyclotourisme !
    belle année à toi.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne peux que recommander la marche, pas grand chose ne peut égaler la satisfaction primaire qu'elle évoque !

      Bonne année de même :)

      Supprimer
  5. Magnifiques le royaume de mousse, la caselle ! Les randonnées me manque, ici c'est plutôt la chaleur durant la journée le problème...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, j'ai entendu dire que les capacités de résistance à la chaleur sont inégalement réparties ;)

      Supprimer
  6. De belles photos,de belles couleurs et des textes qui font penser à des haikus d’hiver.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci ! Le violet matinal était particulièrement frappant.

      Supprimer