Tout commence avec l'écriture, ces longues phrases qui ronronnent sur plusieurs pages, sans pause, sans points, et je dois bien avouer que, à ma propre surprise, j'ai beaucoup aimé, j'ai adoré même, c'est frénétique, ou hypnotique, pourrait-on dire, j'ai été émerveillé par cette écriture, une vraie révélation, mais il faut bien reconnaître, comme je le racontais à Audrey, que c'est d'une indéniable lenteur narrative, en effet il y a dès le début nombre de répétitions, de détours par des personnages secondaires qu'on ne revoit plus, et surtout une puissante confusion générale, rien n'est clair, où va-t-on avec ce protagoniste à demi fou qui se dirige vers New York avec son manuscrit de la plus haute importance ? quels sont les enjeux ? quel est le propos ? mon intérêt commence à retomber quand est introduite l'autre perspective principale, celle de ces mystérieux personnages issus du manuscrit, qui surgissent du passé et voyagent sans but apparent, et franchement la frustration s'accumule, malgré l'écriture qui continue à me captiver par moments, je commence à me lasser de cette danse absurde, en compagnie de personnages abscons, ou juste antipathiques, voire détestables, mon intérêt baisse, baisse encore et encore, je trouve certes quelques traces de cet « inconsolable chagrin métaphysique » vanté par la quatrième de couverture, en revanche, de « l'éternelle errance de quatre figures angéliques poursuivies sur Terre à travers l'histoire par l'extension inexorable du règne de la violence », je perçois bien l'errance, oui, ça, on erre, c'est sûr, les phrases virevoltent dans l'éther, mais j'ai franchement l'impression d'être mené en bateau, et arrivé au milieu du roman, je suis nettement moins excité à l'idée de continuer ma lecture qu'à celle de rédiger ce compte rendu sous forme de pastiche, je m'entête jusqu'aux trois quarts, quitte à lire en diagonale, et je compatis, il est difficile d'écrire l'absurde, je sais bien, et il faut tenter tout de même, mais que c'est long et lent, il a réussi, je suis convaincu de l'absurdité de toutes choses, j'approche de la fin et tout est incompréhensible, mon intérêt frôle le zéro, c'est du charabia, la trame new-yorkaise est enlisée depuis belle lurette dans une lente et vaine atrocité, et dans le récit — le mot est généreux — enchâssé, nos « figures angéliques » continuent à errer tout aussi vainement, je n'en peux plus, je l'avoue, alors au risque de n'être qu'un philistin, je laisse tomber, j'abandonne tout espoir, et, de dépit, de faiblesse métaphysique, je vais aller lire un truc qui raconte une histoire.
