Hop, une petite vidéo dans laquelle je parle du concept de haie fruitière, et plus particulièrement d'une haie fruitière adulte observée au jardin-verger conservatoire d'Assat.
Hop, une petite vidéo dans laquelle je parle du concept de haie fruitière, et plus particulièrement d'une haie fruitière adulte observée au jardin-verger conservatoire d'Assat.
Depuis des années, il y a en haut de notre étagère les tomes 3, 4 et 5 de The Expanse en VO. J'ai toujours été hautement sceptique envers les séries à rallonge, et j'ai longtemps repoussé la lecture de celle-ci, dont le succès retentissant me rendait d'autant plus méfiant. Mais année après année, ces trois volumes continuaient de me fixer, et dans ma quête permanente de bonnes lectures SF, j'ai fini par céder. Je me suis procuré le premier tome, en me disant qu'il fallait tenter de rentabiliser l'espace déjà occupé par The Expanse dans notre bibliothèque.
Mes impressions sont très nuancées. Déjà, l'écriture. Sans chanter ses louanges, loin de là, elle est suffisamment tolérable pour ne pas m'avoir empêché d'arriver au bout de Leviathan Wakes. C'est bien mieux qu'un Alastair Reynolds, par exemple, mais on est loin d'une vraie bonne plume comme celle de Claire North dans Slow Gods, lu récemment.
Là où ça pèche le plus, je dirais, c'est dans l'écriture de la vie intérieure de nos deux protagonistes. Ils ont l'intelligence émotionnelle de crapauds-buffles, et leurs relations avec les femmes, en particulier, sont pénibles à suivre. Mention spéciale au détective esseulé, un cliché sur pattes, qui se fantasme une relation complètement imaginaire avec la jeunette sur laquelle il est chargé d'enquêter. C'est lourd et terriblement peu subtil. Holden, quant à lui, le grand héros qui semble parti pour rester jusqu'au tome 9 (!), est souvent insupportable dans son rôle de capitaine persuadé que tout lui revient de droit, à la droiture morale plus rigide qu'une statue de marbre. De même, les scènes d'action, heureusement pas trop fréquentes, n'ont pas su m'accrocher, et il se dégage une impression globale de trop de mots, trop de blabla, trop de vulgarité affectée.
Ces faiblesses sont compensées par quelques moments plus fins, qui sont parvenus à me faire sourire et à me donner l'impression de ne pas lire quelque chose de trop immature. Notamment, le personnage de Fred, militaire éprouvé et habitué au pouvoir, offre un contrepoint important à la naïveté souvent bêtement héroïque des deux protagonistes. Surtout, la trame centrale, sans être d'une originalité saisissante, parvient à s'approcher d'une vraie force narrative.
Il y a l'univers, le côté géopolitique, qui fonctionne plutôt bien. C'est classique, avec diverses factions qui se frittent et, en fond, un complot qui se dévoile progressivement, mais le futur dépeint reste digne d'intérêt : les humains sont encore loin de conquérir les étoiles, et le risque de rester bloqués dans le système solaire est bien réel. La dimension horrifique, qui rappelle fortement Alien, est présente dès le prologue et se déploie efficacement, notamment avec un twist central et un autre, plus tardif. C'est clairement à cet aspect que j'ai le plus accroché. Mais j'ai un faible pour les aliens. Dommage que le twist final vienne supplanter celui qui précède et en réduire l'impact : on passe d'une horreur cosmique, puissante et incompréhensible, aux conséquences potentiellement colossales, à du bête mélodrame interpersonnel où tout se résout trop facilement et trop gentiment.
Leviathan Wakes, c'est presque du pulp à l'ancienne, du feuilleton SF bourré de clichés, mais suffisamment bien mené et habilement construit pour que le lecteur exigeant ne se sente pas insulté. Mon enthousiasme reste modéré, mais je vais lire le deuxième tome.
Tout commence avec l'écriture, ces longues phrases qui ronronnent sur plusieurs pages, sans pause, sans points, et je dois bien avouer que, à ma propre surprise, j'ai beaucoup aimé, j'ai adoré même, c'est frénétique, ou hypnotique, pourrait-on dire, j'ai été émerveillé par cette écriture, une vraie révélation, mais il faut bien reconnaître, comme je le racontais à Audrey, que c'est d'une indéniable lenteur narrative, en effet il y a dès le début nombre de répétitions, de détours par des personnages secondaires qu'on ne revoit plus, et surtout une puissante confusion générale, rien n'est clair, où va-t-on avec ce protagoniste à demi fou qui se dirige vers New York avec son manuscrit de la plus haute importance ? quels sont les enjeux ? quel est le propos ? mon intérêt commence à retomber quand est introduite l'autre perspective principale, celle de ces mystérieux personnages issus du manuscrit, qui surgissent du passé et voyagent sans but apparent, et franchement la frustration s'accumule, malgré l'écriture qui continue à me captiver par moments, je commence à me lasser de cette danse absurde, en compagnie de personnages abscons, ou juste antipathiques, voire détestables, mon intérêt baisse, baisse encore et encore, je trouve certes quelques traces de cet « inconsolable chagrin métaphysique » vanté par la quatrième de couverture, en revanche, de « l'éternelle errance de quatre figures angéliques poursuivies sur Terre à travers l'histoire par l'extension inexorable du règne de la violence », je perçois bien l'errance, oui, ça, on erre, c'est sûr, les phrases virevoltent dans l'éther, mais j'ai franchement l'impression d'être mené en bateau, et arrivé au milieu du roman, je suis nettement moins excité à l'idée de continuer ma lecture qu'à celle de rédiger ce compte rendu sous forme de pastiche, je m'entête jusqu'aux trois quarts, quitte à lire en diagonale, et je compatis, il est difficile d'écrire l'absurde, je sais bien, et il faut tenter tout de même, mais que c'est long et lent, il a réussi, je suis convaincu de l'absurdité de toutes choses, j'approche de la fin et tout est incompréhensible, mon intérêt frôle le zéro, c'est du charabia, la trame new-yorkaise est enlisée depuis belle lurette dans une lente et vaine atrocité, et dans le récit — le mot est généreux — enchâssé, nos « figures angéliques » continuent à errer tout aussi vainement, je n'en peux plus, je l'avoue, alors au risque de n'être qu'un philistin, je laisse tomber, j'abandonne tout espoir, et, de dépit, de faiblesse métaphysique, je vais aller lire un truc qui raconte une histoire.
De Kurt Vonnegut, j'avais déjà lu Abattoir 5, qui m'avait semblé un roman tout à fait correct, voire très bon, mais guère marquant. Je serais incapable d'en parler aujourd'hui. Cat's Cradle me fait exactement la même impression : je vois bien que c'est réussi, mais ça ne me parle pas, ça ne me touche pas, et je n'y trouve rien de mémorable.
Publié en 1963, Cat's Cradle aborde un thème incontournable de la science-fiction de l'époque : la menace d'apocalypse nucléaire. Mais cette apocalypse — non nucléaire, en fin de compte — n'intervient qu'à la toute fin, et ce qui précède est assez prosaïque. On y suit un écrivain qui enquête mollement auprès des enfants d'un génie ayant contribué à la mise au point de la bombe atomique. Puis direction une île de type république bananière, où se déploie ce qui constitue finalement le motif principal du livre : le bokononisme, une religion ouvertement mensongère, qui embrasse l'absurdité du monde au lieu de chercher à la masquer. Il y a là quelques beaux moments de satire, où l'humour pince-sans-rire fait mouche.
La menace apocalyptique tient à l'ice-nine, qui n'a rien à voir avec la bien réelle glace IX. Sa structure cristalline est si stable qu'elle se propage à toute l'eau avec laquelle elle entre en contact, jusqu'à pouvoir figer l'intégralité de l'eau terrestre. Le concept m'a plu, et les quelques pages qui décrivent cette fin du monde sont efficaces.
Cependant, habitué aux romans d'apocalypse européens (Jacques Spitz, Ernest Pérochon, Karel Čapek, etc.), j'ai trouvé Cat's Cradle extrêmement plat. L'apocalypse finale, par exemple, est tout bêtement causée par un accident malencontreux, parfaitement imprévisible. Certes, cela va avec le thème de l'absurde, mais narrativement, c'est terriblement ennuyeux : rien ne s'y dit des motivations et des aveuglements humains.
Jacques Spitz a d'ailleurs écrit une nouvelle étonnamment proche, antérieure au roman de Vonnegut : dans Le Nez de Cléopâtre, un savant transforme toute l'eau de la Terre en boue à des fins naïvement militaires. Le rapprochement est saisissant : dans Cat's Cradle, un général qui demande au scientifique de supprimer la boue, pour faciliter les opérations militaires.
Un roman qui date déjà de 1986. Il y a du bon, notamment vers le milieu, quand la réalité s'effondre totalement autour du protagoniste. Durant certains passages, hélas bien trop rares, on touche ainsi à du bon fantastique, et une vraie tension émerge, aussi bien purement narrative que, plus largement, existentielle.
Mais pour le reste, que c'est chiant, incroyablement chiant. Le début met une éternité à décoller : une fois qu'on a compris le concept, au bout de quelques pages, tout le reste n'est que tournage en rond : moustache, pas moustache, re-moustache ? Je suis rapidement passé à une lecture en diagonale, me disant, sans y croire, que le roman pourrait retomber sur ses pattes à la fin.
Hélas, le dernier quart est consternant d'ennui, et dépasse en soporifisme tout ce qui précède. Le protagoniste tourne en rond à Hong-Kong, vainement, interminablement, sans l'ombre du moindre intérêt narratif. Et la conclusion, évidemment, n'explique rien : l'auteur, pendant tout le roman, a ainsi pu écrire ce qui lui passait la tête sans avoir à se soucier de cohérence interne ou de dénouement narratif.
Certes, il est très difficile d'écrire du bon fantastique absurde, qui détricote la réalité sans offrir d'explication. Quitte à le faire, ce n'est pas l'écriture d'Emmanuel Carrère qui saura me transporter dans ce genre d'exploration, tant, sur la fin, je ne ressentais pas le besoin de passer plus de quelques secondes par page tant celles-ci me paraissaient vides.
Un petit roman diffusé sous le manteau dans la Tchécoslovaquie communiste, et publié pour la première fois en 1981 au Canada. C'est une dystopie radicale, violente et cruelle, à la façon de Plop de Rafael Pinedo ou de Quinzinzinzili de Régis Messac. Oppression absolue, dissolution totale du lien social, cannibalisme permanent, meurtres et viols comme principales interactions : soyez prévenus.
Je dirais que le principal intérêt de Viande, c'est le point de vue de son protagoniste. Sans nom, ne connaissant rien d'autre que ce monde cauchemardesque dans lequel il a toujours vécu, il est, selon nos standards de lecteurs, un monstre meurtrier dénué de la moindre capacité d'empathie. Il n'en est pas moins parfaitement adapté à son environnement. Il tue, il mange, il dénonce comme il respire. Après tout, il ne fait qu'essayer de survivre : ce n'est pas lui qui a créé les règles. Au fond, il est lui aussi une victime, et s'il est incapable de trouver la moindre rédemption, c'est qu'il est trop bien adapté à l'horreur.
C'est un procédé littéraire remarquablement mené par Martin Harnicek : susciter de l'empathie pour un individu horrible. Tout ça se lit vite et bien, avec une inévitable fascination morbide.
Cependant, au-delà du concept de départ, qu'on saisit très rapidement, la société décrite ne tient absolument pas debout. Je conçois que l'objectif ne soit pas le réalisme — on est plutôt dans la fable monstrueuse, qui évoque thématiquement la dictature communiste par des moyens détournés — mais il me semble que le récit perd une grande partie de sa force potentielle si on ne peut pas croire un seul instant à cette société. Personne ne produit rien, il est interdit de communiquer, tout le monde s'entretue en permanence… Plus ça va, plus c'est insensé. Attention, divulgâchage : le système de tickets de viande n'a aucun sens, et il suffit de sortir de la ville pour tomber sur des villages paradisiaques.
L'écriture est en outre très sujette aux répétitions : les mêmes informations, les mêmes scènes, les mêmes ressentis reviennent à plusieurs reprises. Le roman, pourtant très court, en paraît trop long. Certes, je l'ai lu presque d'une traite, sans me forcer ; il n'empêche que mon ressenti, tout du long, a été celui d'un potentiel manqué, d'une dystopie trop schématique, trop rudimentaire et incohérente pour être efficace au-delà du facteur choc et de cette perspective narrative, par ailleurs très réussie.
C'est suffisamment unique pour donner envie de lire Albin, livre jumeau de Viande, du même auteur.
Celui-là, j'ai dû me forcer pour le terminer, avec pas mal de lecture en diagonale. Le procédé m'a rappelé une lecture récente, le roman/récit réel La Croix percée de mon ami Siméon Lerouge : l'auteur se prend d'obsession pour un fragment bien mineur du réel, et sa voix tourne autour de ce sujet très spécifique avec beaucoup, beaucoup de digressions.
Ici, le sujet, c'est une exécution vers la fin de la guerre civile espagnole, celle de Rafael Sánchez Mazas, écrivain et surtout membre fondateur de la Phalange, parti fasciste espagnol qui servira Franco. Le truc, c'est que l'exécution est ratée : Sánchez Mazas parvient à s'enfuir dans la forêt. Un peu plus tard, un mystérieux soldat républicain le débusque mais choisit de ne pas le dénoncer.
Le récit est divisé en trois parties. Dans la première, le narrateur, une version plus ou moins fictive de l'auteur, raconte son enquête au sujet de l'exécution. J'ai trouvé ça longuet, peu dense, et plombé par un narrateur y apparaît franchement antipathique. La seconde partie est plus romanesque : c'est le récit des aventures de Sánchez Mazas avant, pendant et après cette exécution. C'est ce que j'ai préféré, mais même là j'ai trouvé l'écriture molle et peu inspirée. Le contexte politique et idéologique est assez peu exploré, mais au moins ça m'a poussé à aller me renseigner ailleurs. Pour la troisième partie, le narrateur fait venir Roberto Bolaño en invité spécial, et on revient pour l'essentiel à une enquête terriblement peu excitante, à coups de dîners auxquels le narrateur n'a même pas envie d'aller, trop occupé qu'il est à parler en termes peu valorisants de sa copine du moment. Pendant tout ça, l'événement central est raconté et reraconté encore et encore, je n'en pouvais plus. Le sujet est pourtant loin d'être sans intérêt.
Note : ce n'est pas tout à fait clair, mais le processus d'enquête est à priori fictif. L'ennui de la chose ne serait donc même pas excusé par sa réalité.