mercredi 8 avril 2026

Why We Die - Venki Ramakrishnan

 Why We Die - Venki Ramakrishnan

Un bouquin qui ne m'a pas vraiment passionné : le fait est que j'ai du mal à accrocher tant les livres de ce genre ont tendance, sans forcément être mauvais, loin de là, à manquer de densité. Le Biologie de Campbell, qu'il faudrait d'ailleurs que je reprenne, m'a habitué à un autre rythme.

Ce que j'ai trouvé le plus intéressant, c'est, au tout début, la perspective évolutionnaire sur la vieillitude et la mortalité.

Rappel : la sélection naturelle favorise rarement les traits avantageux à une espèce ou même à un groupe. En général, les traits favorisés sont ceux qui améliorent la probabilité que les individus transmettent leurs gènes. 

Pendant la plus grand partie de l'existence de l'humanité, les vies étaient courtes, à cause de facteurs extérieurs : violence, maladie, famine, etc. Il n'y avait donc pas de raison que l'évolution sélectionne la longévité.

En somme, l'évolution ne sélectionne pas contre les mutations qui sont nuisibles plus tard dans la vie, après qu'un individu se soit reproduit et ait assuré la survie de sa progéniture. La plupart du temps, les effets négatifs de ces mutations n'auraient même pas été perceptibles car la plupart des individus mouraient pour d'autre raisons avant que ces effets n'apparaissent.

La nature sélectionne pour des mutations génétiques favorables à court terme, favorables à une reproduction efficace, et peu importe ce qui arrive ensuite. Un même gène peut donc avoir deux effets opposés : favorable jusqu'à 30 ans, négatif après 30 ans, par exemple. Un tel gène aurait tendance à être sélectionné.

De plus, un organisme avec des ressources limitées doit faire un "choix" entre l'investissement dans une croissance et une reproductions précoces, et une durée de vie plus longue. C'est une tension évolutionnaire : rentabilité assurée à court terme vs. avantages potentiels du long terme. 

En général, plus un animal est grand, plus sa durée de vie de élevée. En effet, plus la vulnérabilité aux prédateurs est élevée, plus il fait sens d’accélérer la reproduction. C'est aussi lié à la vitesse du métabolisme, chez les mammifères : un animal plus petit a plus de surface par rapport à sa masse, et doit bruler proportionnellement plus de calories pour maintenir sa chaleur.

D'un point de vue évolutionnaire, une vie longue n'a du sens que si l'individu ne risque pas de mourir à tout moment de causes extérieures. Par exemple, les oiseaux, capables de fuir comparativement efficacement les prédateurs, vivent plus longtemps que les animaux terrestres de taille équivalente.

Les bonnes habitudes qui contribuent à la longévité sont connues, mais le fait est que la longévité semble principalement déterminée par hasard génétique. Comme je l'avais lu ailleurs il y a longtemps : la """meilleure solution""" eugénique pour augmenter la longévité moyenne de l'humanité serait peut-être de n'autoriser la reproduction que à ceux qui atteignent un certain âge sans problème majeur, puis au fil du temps de repousser cet âge.

Fun fact : des télomères courts sont problématiques... mais des télomères trop longs aussi. L'allongement des télomères n'est pas une solution miracle ; il n'y a probablement pas de solution miracle, tant la longévité est la conséquence d'un dense tissu de complexité biologique. 

lundi 23 mars 2026

On n'échappe pas à l'utilité

Un ami à moi finissait sa thèse de philosophie. Nous étions attablés une nuit sur la terrasse, légèrement éméchés. Il se réjouissait d'avoir consacré sa vie à, je cite, l'inutile. C'était une idée importante pour lui : il pensait ainsi avoir dépassé les carcans sociaux. Avoir, je suppose, conquis une forme de liberté. J'ai attaqué cette perspective avec les arguments suivants :

1. Comment pourrait-il être inutile de se consacrer à la philosophie quand il en fait son métier ? (Prof de philo.) La philosophie est littéralement son gagne-pain. Il n'y a rien de plus pragmatique, de plus utile.

2. La philosophie est un capital comme un autre. On l'a vu, c'est un capital culturel et intellectuel qui lui sert à trouver une place économique dans la société. Plus encore, c'est un capital social de la plus haute importance. Cet ami pouvait se targuer d'avoir un certain succès auprès du sexe opposé. Mon argument était que sa capacité à parler d'idées, à parler de philosophie, et plus globalement à bien parler, jouait un rôle majeur dans ce succès. Tout ce qu'on est, tout ce qu'on renvoie, tout ce qu'on dit, est chargé d'un sens profond qui est perçu d'une façon essentiellement non consciente par autrui. Sa maitrise des idées, de la philosophie, et plus globalement du langage, était un signal qui exprimait : je suis éduqué, je suis intelligent, j'ai du potentiel. Un signal hautement utile.

3. De plus, la philosophie était pour lui un radeau de sauvetage dans la sombre tempête de l'existence. Nihiliste, peut-être misanthrope, il trouvait dans la philosophie non seulement son plaisir, mais sa raison de vivre, sa raison d'aimer la vie. Quoi de plus utile ?

Mon propos plus large était donc ceci : on n'échappe pas à l'utilité. C'est impossible. L'essentiel de ce que font les humains répond à des impératifs évolutionnaires, biologiques, purement pratiques, qu'on a tendance soit à ne tout simplement pas voir, soit à camoufler sous des histoires simples qui nous réconfortent.

vendredi 13 mars 2026

Vidéo : La greffe en écusson à œil dormant (greffe de poirier sur cognassier)


Hop, dans cette vidéo je montre la greffe en écusson à œil dormant. Je greffe un classique : du poirier du cognassier.

Lien direct de la vidéo sur YouTube. 

mercredi 4 mars 2026

The Black Could - Fred Hoyle

 The Black Could - Fred Hoyle

C'est un plaisir que de se plonger dans un (bon) classique de la SF dont jusque-là j'ignorais l'existence. The Black Could de Fred Hoyle, paru en 1957, coche pas mal de cases : apocalypse, premier contact, écrit par un astrophysicien, et plein de gentlemen anglais.

Un colossal nuage de gaz se dirige suspicieusement droit vers le soleil, avec de drastiques conséquences climatiques pour l'humanité. C'est assez frappant, il y a des centaines de millions de mort, mais contrairement à une autre SF du siècle passé, on ne s'y attarde guère et passe surtout du temps avec nos gentlemen scientifiques qui papotent autour d'un café dans leur forteresse dédiée à la raison.

Il y a dans ce roman un indéniable aspect "fantasme de nerd". La détestation du monde politique et des politiciens est claire, tandis que l'amour de la raison, de la science, de la méthode scientifique, est évident. D'une façon qui fait très fortement écho au récent et brillant Don't Look Up, les scientifiques tentent d'agir pour prévenir le désastre, là où la classe politique ne pense qu'à son intérêt à court terme. Ce côté du roman est un peu gros, mais heureusement bien mené : nos scientifiques doivent à la fois décrypter les mystères du nuage et jouer avec les ficelles d'un pouvoir politique qui est loin d'avoir les mêmes priorités qu'eux.

Jusque là, c'est un roman apocalyptique aussi rationaliste que fun, mais ça devient d'autant plus excellent quand la véritable nature du nuage est révélée. L'auteur cède peut-être un peu à la facilité quand le nuage apprend rapidement à parler anglais, mais il y a suffisamment de mystères scientifiques à percer pour en arriver là, et pour parvenir à mieux comprendre le nuage, que ça vaut sûrement le coup. J'ai particulièrement apprécié le point suivant : le nuage est un être d'une échelle qui dépasse l'entendement par rapport à l'échelle humaine, c'est un être immortel d'une puissance folle, mais lui aussi à ses propres objectifs, ses propres mystères à percer, dont on a un aperçu. 

J'ai été absorbé. Mais je fais clairement partie du public cible.

jeudi 19 février 2026

Something Big Is Happening - Matt Shumer

 

Encore un article viral sur les avancées fulgurantes de l'IA. C'est écrit par un entrepreneur dans le domaine, et évidemment, difficile à priori de faire la part entre l'optimisme débridé, voire l'autopromotion, et la réalité de la technologie. Et ce particulièrement quand on n'est développeur, car c'est en particulier de la génération de code qu'il s'agit ici. De façon plus vaste, il s'agit plus encore de l'application de ce progrès pour remplacer le travail humain en général. Il faut quand même préciser qu'il y a tout un tas de signaux qui vont dans le sens inverse, des signaux qui poussent au scepticisme. Mais quand on lit ce qui suit, difficile de ne pas prendre la technologie au sérieux :

I am no longer needed for the actual technical work of my job. I describe what I want built, in plain English, and it just... appears. Not a rough draft I need to fix. The finished thing. I tell the AI what I want, walk away from my computer for four hours, and come back to find the work done. Done well, done better than I would have done it myself, with no corrections needed. A couple of months ago, I was going back and forth with the AI, guiding it, making edits. Now I just describe the outcome and leave.

Let me give you an example so you can understand what this actually looks like in practice. I'll tell the AI: "I want to build this app. Here's what it should do, here's roughly what it should look like. Figure out the user flow, the design, all of it." And it does. It writes tens of thousands of lines of code. Then, and this is the part that would have been unthinkable a year ago, it opens the app itself. It clicks through the buttons. It tests the features. It uses the app the way a person would. If it doesn't like how something looks or feels, it goes back and changes it, on its own. It iterates, like a developer would, fixing and refining until it's satisfied. Only once it has decided the app meets its own standards does it come back to me and say: "It's ready for you to test." And when I test it, it's usually perfect.

C'est aussi la porte grande ouverte à l'amélioration auto-récursive des IA. Après tout, Anthropic et OpenAI générèrent déjà une bonne partie de leur code avec leurs propres IA. D'ailleurs, à propos du dernier modèle d'OpenAI :

"GPT-5.3-Codex is our first model that was instrumental in creating itself. The Codex team used early versions to debug its own training, manage its own deployment, and diagnose test results and evaluations."

Évidemment, l'idée n'est pas que 100% du travail de développeur sera remplacé par ces systèmes. Mais peut-être 90%... Et aussi, à priori, ça pourrait contaminer tout travail qui se déroule via un ordinateur :

The experience that tech workers have had over the past year, of watching AI go from "helpful tool" to "does my job better than I do", is the experience everyone else is about to have. Law, finance, medicine, accounting, consulting, writing, design, analysis, customer service. 

 AI isn't replacing one specific skill. It's a general substitute for cognitive work.

I think the honest answer is that nothing that can be done on a computer is safe in the medium term. If your job happens on a screen (if the core of what you do is reading, writing, analyzing, deciding, communicating through a keyboard) then AI is coming for significant parts of it. 

L'auteur donne quelques conseils : 

  1. Devenir urgemment familier avec ces outils, particulièrement les versions payantes, et manuellement sélectionner les modèles les plus récents et performants
  2. Ne pas juste les utiliser pour des questions rapides, mais les pousser à faire le travail que vous faites. Penser automatisation.
  3. Le temps pour apprendre à utiliser l'IA est limité.

Bien entendu, difficile à dire. En tous cas, c'est passionnant : de la pure SF qui progresse à une vitesse si rapide qu'il est facile pour qui n'a pas un pied dans le domaine de rien remarquer.

Le fait est que j'ai essayé la génération de code et d'applis, et même pas avec les tout derniers modèles. C'est absolument impressionnant. Et quand on sait le peu de temps qu'il a fallu pour que les autres types d'IA génératives parviennent à des résultats impossibles à distinguer du réel ou d'un travail humain...

vendredi 13 février 2026

The Expendables : Escape from Baranof Island - Chad Zuber

 

Un autre petit récit de Chad Zuber (lisible sur ce vieux blog) qui se déroule environ 14 ans avec le sympathique Wandering Soles. Durant l'été 2013, Chad s'en va passer deux mois en Alaska pour... travailler 16 heures par jour, 112 heures par semaine, dans une usine de préparation de saumons. On s'en doute vu l'amplitude horaire, le travail est extrêmement difficile. De plus, c'est sans compter les conditions hautement risquées. Dans le froid, l'humidité, la chair fragmentée et les écailles de poisson, les accidents sont nombreux pour les employés, et minoritaires sont ceux qui parviennent à la fin de la saison.

Au milieu de cet esclavage salarié, Chad s'efforce de survivre, de tenir le coup. Il y a toutes sortes de gens à rencontrer, et les incroyables beautés de l'Alaska à contempler. Quelques jours arrachés, notamment au début et à la fin de la saison, permettent d'explorer les montagnes locales lors d'expéditions franchement mal préparées et clairement risquées, mais ô combien stimulantes et satisfaisantes.

Ce qui ressort de ce texte, c'est la résilience et l'optimisme de Chad, qui touche à la candeur. Prenant activement soin de sa santé physique et mentale, il ne fume pas, ne boit pas. Insatisfait par les repas de l'usine, il évite évidemment tout produit transformé sucré, et va dehors ramasser des feuilles de pissenlit, pour les vitamines. En expédition dans les montagnes, il se gave des nombreuses baies locales, guide des plantes comestibles à la main. Sans oublier les saumons qui grouillent dans les rivières peu profondes... Pour tenir la cadence au travail, il faut de la résilience mentale, mais aussi comprendre et domestiquer son corps, qui n'apprécie pas l'expérience. Pour le reste, il y a Dieu : la foi prend une place importante dans sa vie intérieure.

C'est frappant : de cette expérience à priori harassante, accablante, Chad ressort grandit, satisfait de son travail et heureux d'avoir découvert l'Alaska. Sûrement, la beauté est dans l'œil de celui qui la contemple.

A part of me is going to miss the work.  The challenge of getting through another sixteen-hour workday, meeting so many interesting new people, the views of the mountains across the bay, observing the salmon rushing upstream, and of course, sampling the wild berries that grow abundantly in the woods.  A part of Alaska will accompany me forever.  We did it.  We worked a tough season through pain and fatigue and immediately after that we conquered a mountain.  I am happy and satisfied. 

lundi 9 février 2026

Attention au roman

Mon ami Siméon a récemment publié un message d'alerte important sur son blog.

Cela nous concerne tous, nous autres qui avons des bibliothèques.

Il s'avère que ces bibliothèques — et par la même occasion les demeures qui les hébergent — sont envahies par un inquiétant champignon papivore : le roman.

Je peux confirmer : il y en a plein chez moi. Peut-être même un nombre croissant. Et ils ne se contentent pas des bibliothèques, non : ils s'infiltrent partout. J'en retrouve dans tous les coins.

Pour en savoir plus, et prendre les mesures qui s'imposent, merci de lire le message d'alerte éloquent et détaillé de Siméon.

De mon côté, je vous invite à laisser tomber le romanesque et à vous mettre aux échanges épistolaires philosophiques.

Merci pour votre attention. 

Bien cordialement.