samedi 20 juin 2026

L'invasion des profanateurs - Jack Finney

 L'invasion des profanateurs - Jack Finney

Lu dans la vieille version Folio SF, dont la traduction je crois diffère de la plus récente, au Bélial. Mais la couverture de la Folio SF est vraiment horrible, alors je mets celle-ci en illustration.

J'avais vu il y a quelque temps l'adaptation cinématographique de 1978, Invasion of the body snatchers. Je l'avais trouvée assez moyenne, mais sauvée par certains passages à la fin, qui mettent en scène avec efficacité le déploiement des plans d'invasion des vils body snatchers.

Avant de chanter les louanges de l'œuvre originale de Jack Finney, parue en 1955, quelques mots sur la place des femmes dans le roman. C'est tellement gros et désuet que c'en semble presque parodique : les femmes sont de petites choses fragiles, sujettes à l'évanouissement, dont le rôle principal est d'être belles et de faire la cuisine. Elles ont aussi de l'intuition féminine. Et il faut leur donner des tranquillisants. Rien d'étonnant pour l'époque, je suppose, mais deux points tranchent étonnamment avec cette perspective datée. Déjà, ce moment où le narrateur se regarde dans le miroir et s'insulte de tous les noms, dans un surprenant moment d'insécurité masculine : « Tu n'es qu'une chiffe molle, un type instable, velléitaire ! Un angoissé profond. Un suceur de pouce prolongé. Un cloaque d'immaturité incapable d'assumer tes responsabilités d'adulte... » Ensuite, plus tard, ce passage où la principale protagoniste féminine suggère de jouer sur les clichés de genre pour surprendre leurs adversaires, qui justement s'attendent à ce qu'elle reste passive. Ces deux moments tranchent remarquablement avec le reste de la caractérisation qui parcourt le roman.

OK, maintenant les louanges. L'invasion des profanateurs est un roman d'une efficacité remarquable. Il a cette structure limpide, fluide, accompagnée de juste assez de substance, qui me rappelle d'autres classiques intemporels de la SF, comme L'île du docteur Moreau, La machine à explorer le temps, Le jour des triffides...

Au-delà du rythme et de l'aspect thriller, les thématiques sont puissantes. Le rapport à l'autre, à l'altérité, mais surtout la tension intime entre ce qu'on croit percevoir et ce qu'on croit devoir percevoir. C'est une tension qui parcourt tout le roman : la puissance de l'habitude, de la normalité, de la conformité sociale, est colossale. Tous les personnages doivent lutter avec le doute : les évènements observés sont-ils réels ? Après tout, il est si facile de céder à la superstition, aux illusions, aux croyances infondées. Ne serait-ce pas rationnel que de ne pas croire en l'impossible ? Et faut-il faire confiance aux autres, quand ils affirment des énormités ? Ou quand ils reviennent sur leurs énormités, ce qui est bien plus confortable ?

Il y a cette scène saisissante, qui incarne merveilleusement bien ces thèmes. Le narrateur, en pleine invasion des body snatchers, après avoir déjà constaté de nombreuses horreurs indéniables, va voir un professeur de biologie pour obtenir des informations. Quand le professeur, du haut de son autorité, remet en cause les soupçons du narrateur, celui-ci rougit, se sent couvert de honte et de ridicule. C'est plus fort que lui : malgré la certitude indéniable, il souffre intensément de dire des énormités indignes d'un docteur. Il s'enfuit, non pas terrorisé par une invasion extraterrestre, mais « honteux comme un écolier qui n'a pas pu réciter sa leçon et que le maitre vient d'envoyer au coin ».

La fin n'est pas du tout la même que celle du film, elle est moins maximaliste et plus mesurée, presque décevante, à la façon de La guerre des mondes. On y perd en grandiose, en spectaculaire, mais on y gagne en nuance psychologique. C'est raccord avec les thèmes explorés. Tout ce que le narrateur a vécu, c'était complètement dingue... Qui pourrait bien y croire ? Lui-même, peut-il y croire, malgré la certitude de ses sens, face à la puissance de la normalité ?

mercredi 17 juin 2026

La trilogie baryonique 1 : La tragédie de l'orque - Pierre Raufast

 

Je me suis arrêté à la page 150 sur 300, et je ne peux m'empêcher de penser que ces 150 pages auraient dû en être 50. C'est juste tellement verbeux. Le pire, c'est la quantité démesurée d'exposition, d'une maladresse effroyable. Dès le début, les personnages se mettent à déblatérer pendant des pages et des pages sur le passé de l'univers du roman, d'une façon horriblement artificielle. Et ça continue. Quand l'auteur introduit de nouveaux personnages, il accumule immédiatement des pavés sur leur passé, au lieu de les étoffer avec fluidité au fil de la narration. Et pendant ce temps, la trame est au point mort.

En plus de l'exposition, le volume est rempli de dialogues stériles entre des personnages immatures. Ils parlent, et ils parlent encore pour ne rien dire. Ils s'engueulent comme des gros bébés. Ils tournent en rond sur les mêmes sujets. Leurs réflexions sont puériles. Par exemple, voilà ce qui conclut un chapitre : « Mais l'égoïsme n'est-il pas le propre de l'homme ? Dans ce monde moderne, la liberté est-elle encore possible sans une part d'égoïsme ? »

Peut-être qu'il y a une trame intéressante là-dedans, mais vu la quantité de texte superflu qui ne fait que pousser à lire en diagonale, il me paraît clair que cette trilogie aurait gagné à être condensée en un unique roman.

samedi 13 juin 2026

Et qu'advienne le chaos - Hadrien Klent

 Et qu'advienne le chaos - Hadrien Klent

Un roman pour lequel je partais avec beaucoup de sympathie, mais ça ne m'a pas empêché d'être incapable de le finir. Il y a dans Et qu'advienne le chaos quelque chose de la SF française à l'ancienne, type merveilleux fantastique du début du vingtième siècle. C'est d'ailleurs bien pour cette raison que je me le suis procuré. Un savant fou qui veut détruire l'humanité, un concept scientifique farfelu, et des scènes saisissantes où se déploie ce concept : ça me botte.

J'ai été bon public au début, pardonnant l'écriture simpliste, tant que le rythme et la curiosité compensaient. Une fois que le concept est clarifié et qu'une scène lui est consacrée, le roman peine à maintenir l'intérêt. Les personnages sont des caricatures soporifiques, mention spéciale pour l'acteur français plus qu'antipathique qui déblatère du Shakespeare à tout va. Sans parler du psy névrosé. Le personnage du scientifique misanthrope avait du potentiel, mais on ne le voit plus guère. Le concept science-fictif est instantanément essoufflé. Il n'y a ni grande idée qui porterait le roman, ni maximalisme pourtant suggéré par le titre, ni ton satirique unifié, ni personnages attachants. Même en lisant en diagonale, je n'ai pas pu m'intéresser au dénouement tant je n'ai rien trouvé à quoi m'accrocher.

mardi 9 juin 2026

Des dinosaures et des fourmis - Liu Cixin

 Des dinosaures et des fourmis - Liu Cixin

Quelle bonne surprise que ce Des dinosaures et des fourmis de Liu Cixin. Si j'ai tant tardé à le lire, c'est que j'avais dû lire quelque part qu'il était d'un ton très différent du reste de la bibliographie de l'auteur, presque un livre pour enfants. En effet, c'est complètement absurde à bien des égards, et je me suis promis d'essayer d'en faire une lecture de chevet pour ma future progéniture. Mais on est moins dans le livre pour enfants que dans une certaine SF satirique et maximaliste, à la façon des classiques La Guerre des mouches de Jacques Spitz ou La Guerre des salamandres de Karel Čapek.

Les fourmis et les dinosaures entrent dans une relation symbiotique qui leur permet de développer une civilisation complexe. Bien sûr, ça n'a aucun sens, notamment parce qu'il y a des centaines d'espèces de dinosaures et des milliers d'espèces de fourmis. Aussi, faire cohabiter pacifiquement des tyrannosaures et des stégosaures semble improbable, en plus de l'anachronisme : que mangent donc les géants carnivores ? Je ne vais pas lister toutes les impossibilités, ce n'est pas le propos, mais il faut tout de même noter quelques idées scientifiques sérieuses. J'apprécie notamment que la cohabitation des deux formes d'intelligence soit étonnamment crédible : ces deux familles d'animaux occupent des niches et des échelles si différentes qu'on peut imaginer qu'elles se fassent assez peu concurrence pour coévoluer. Enfin, jusqu'à ce que les gros dinos extractivistes menacent de détruire la biosphère.

C'est rythmé, drôle et, mine de rien, ambitieux. On explore, sur des milliers d'années, les turbulences de cette relation improbable, les stratagèmes et les spécificités technologiques de chacune de ces deux formes de vie si différentes, jusqu'à un paroxysme évidemment apocalyptique. Divulgâchage : ce n'était pas un astéroïde ! En un sens, ça m'a donné envie de lire un véritable roman de hard SF écrit par Liu Cixin sur cet exact même sujet, avec tout le sérieux scientifique possible. Mais peu importe : ce qui est là dans Des dinosaures et des fourmis est déjà excellent et autosuffisant.

vendredi 5 juin 2026

La servante écarlate - Margaret Atwood

 La servante écarlate - Margaret Atwood

J'avais déjà essayé de lire La Servante écarlate par le passé, mais j'avais été rebuté dès les premières pages par l'écriture. Je m'y suis replongé, ne serait-ce que pour ma culture, et cette fois je suis arrivé jusqu'au bout. Ça n'a pas été facile, j'ai souvent dû me forcer. J'ai fini par à peu près entrer dans le roman vers la page 250, à la moitié.

Je suis étonné qu'un tel best-seller ait un début, voire une première moitié, aussi soporifique. Il ne se passe vraiment pas grand-chose : on suit paresseusement la perspective de la narratrice, qui n'interagit presque avec personne. Certes, je suppose que c'est le propos : l'oppression, l'isolement forcé, l'ennui qui s'ensuit. La protagoniste évoque la longueur des journées, elle se rappelle son passé, on jongle avec les temps. C'est franchement flou, peu clair. Sans doute à cause de ce manque de chair narrative, l'écriture m'a paru pénible, surchargée, cherchant très fort à paraître sophistiquée faute de matière. J'ai souvent lu en diagonale.

Un gros point noir : on a énormément de mal à deviner les contours de la société décrite. Le lecteur est piégé dans un zoom sur la protagoniste, on ne voit rien hors de ce cadre très limité, et on n'a jamais d'aperçu clair sur la façon dont fonctionne l'ensemble. Même par la suite, quand la narration prend du souffle et qu'on rencontre d'autres personnages, qu'on en apprend plus sur le passé, cela reste vague et difficilement crédible. Le système décrit est extrêmement totalitaire, rigide, oppressif. Comment, exactement, se maintient-il ? Quelle est la hiérarchie politique en place ? Quelle est son origine ? Que pensent les gens ? Comment est-on passé, en dix ans, de l'Amérique ordinaire à cela, avec tous ces rituels bizarres ? De plus, il n'y a jamais de situations réunissant plus de quelques dizaines de personnages, dans un unique quartier d'une seule ville. Personne n'a de métier normal : tout le monde semble être une Tante, un Gardien, une Servante, un Commandant, au mieux une bonne ou un chauffeur... Où sont les autres ? En l'état, j'ai beaucoup de mal à croire à la société décrite. Je comprends que cette restriction tienne au point de vue de la narratrice, mais ce n'en est pas moins frustrant.

C'est renforcé par un aspect science-fictif extrêmement maladroit. Le principal dispositif littéraire employé par Margaret Atwood pour étoffer sa fiction est l'ajout de majuscules à des mots communs ou à des néologismes. C'est exagéré jusqu'à l'abus, à raison de plusieurs occurrences par paragraphe : Gardien, Épouse, Commandant, Yeux, Ange, Vérification, Croyants, Servantes, Rédemption, Festivoraison, Natomibile, Éconofemmes, Calculatron, Mur, Genre, Non-Bébé, Tante, Colonies, Antifemmes... L'influence d'Orwell est probable, mais on reste très loin de sa réflexion sur le contrôle du langage par le pouvoir.

Certaines scènes parviennent néanmoins à être frappantes, notamment celles de sexualité, qui sont de loin les meilleurs moments — littérairement — de la première moitié du roman. Quand le récit avance et que d'autres personnages sont introduits, l'intérêt revient. En particulier, la relation entre la narratrice et son « Commandant » est sans doute la meilleure tension du récit. D'un côté, elle est ravie d'avoir de la distraction, et le syndrome de Stockholm s'invite. Car cet homme, malgré sa position oppressive, est loin d'être un grand méchant. Même s'il compte parmi les puissants à l'origine du nouveau régime, il regrette certains avantages du passé. Il souffre, à sa façon, de la destruction des liens sociaux sincères. Ou, pour le dire plus clairement : il vit dans un bourbier d'hypocrisie. Les puissants qui contournent les lois qu'ils imposent à la populace : un classique inévitable. J'ai apprécié, comme les autres développements de la seconde moitié. Il y a de véritables moments de punch narratif, où l'écriture est intense, où propos et narration se combinent avec efficacité. Je comprends que l'aspect du roman qu'on pourrait qualifier de féministe — peut-être de façon réductionniste — ait bien traversé le temps. Il y a là des passages captivants sur le rapport au corps, à la sexualité, aux émotions, le tout traversé par l'ombre de l’oppression masculine. Et en même temps, Atwood a le bon goût d'avoir un regard équilibré sur les hommes : le spectre de leurs opinions et comportements est large.

J'ai trouvé la fin décevante. Ce n'est en aucun cas un aboutissement, le dénouement des lignes narratives soigneusement filées auparavant. Certes, il y a une part de flou sur le destin de la protagoniste, mais ça n'en reste pas moins peu satisfaisant narrativement, peu conclusif. Et l'on finit sur une postface qui a certes la force de mettre en scène, ironiquement, un patriarcat plus poli, mais qui n'en reste pas moins poussive narrativement.

Un dernier point : la société décrite existe en bonne partie à cause d'une importante crise de fertilité. C'est un élément capital du récit, et il me semble incroyablement mal mené. C'est littéralement la fin potentielle de l'humanité, et personne n'a l'air de s'en soucier plus que ça. Personne n'en parle. On continue d'exécuter les rares femmes encore fertiles parce qu'elles font des bêtises. Vraiment ?! De plus, cela me semble en tension avec le propos du roman. Si le propos est de parler de l'oppression systémique des femmes, pourquoi placer cette société dans un cadre extrême qui, évidemment, va complètement changer la place des rares femmes encore fertiles ? (Que ce soit de la façon décrite, ou d'une façon opposée, où ces rares femmes fertiles jouiraient d'un très haut statut social.) Ce contexte est si peu exploré qu'il est clair qu'il n'y a guère d’intérêt science-fictif pour cette question. En un sens, c'est juste donner une raison à cette oppression. Certes, il y a toujours de bons prétextes à l’oppression —  mais ici, l'avenir de l'humanité semble véritablement en jeu. Il aurait fallu soit que cette crise de fertilité paraisse n'être qu'un prétexte à l’oppression, soit qu'elle soit véritablement confrontée et explorée par la narration.

vendredi 29 mai 2026

Quality Land - Marc-Uwe Kling

 Quality Land - Marc-Uwe Kling

De la SF purement satirique, et surtout extrêmement médiocre. L'écriture est dénuée de la moindre chair : on peut le plus souvent lire en diagonale sans rien louper d'autre que du blabla insipide et vulgaire. Les personnages, en plus de n'avoir pas la moindre vie intérieure, sont stupides et antipathiques. Le principal ressort humoristique, c'est les blagues de cul. La trame — et c'est généreux d'employer le terme — ne va nulle part : elle n'est qu'un prétexte à une suite de saynètes qui servent un moralisme banal et attendu sur les vilains algorithmes des vilains capitalistes.

L'auteur étale quelques idées déjà vues mille fois avec un manque de subtilité sidérant. Un personnage dit à l'abruti fini qui sert de protagoniste : tu connais les lois d'Asimov ? Non ? Laisse-moi t'expliquer. Tu connais le test de Turing ? Laisse-moi t'expliquer. Le concept de superintelligence, peut-être ? Laisse-moi t'expliquer. Tu sais pourquoi les lettres sont disposées ainsi sur un clavier ? Je vais t'expliquer. Tu veux savoir ce qu'est l'effet de réseau ? Laisse-moi t'expliquer. Tu ne connais pas non plus la loi de Moore ? Gros loser. Je vais t'expliquer.

Je n'exagère pas. Le protagoniste, qui ne comprend rien à rien, est pourtant supposé avoir fait des études en lien avec l'IA.

Je n'avais aucun a priori négatif sur ce bouquin, j'ai même soufflé du nez plusieurs fois au début. La satire n'est guère subtile, mais pourquoi pas. Hélas, on s'aperçoit rapidement que les deux principales qualités de QualityLand sont les suivantes : 1) c'est extrêmement facile à lire, au détriment de tout intérêt littéraire, et 2) ça permet au lecteur de se sentir intelligent et supérieur face aux épais traits satiriques lancés contre la modernité. Le roman est un grand succès commercial.

jeudi 21 mai 2026

Son Excellence Eugène Rougon - Zola

 Son excellence Eugène Rougon - Zola

Pas le Zola le plus fameux, loin de là, mais très bon néanmoins. Je dirais que le point faible évident de Son Excellence Eugène Rougon est sa structure simple et prévisible. Eugène est haut placé dans le gouvernement de Napoléon III, et le roman s'ouvre sur sa chute. Ses familiers s'emploient à le remettre en grâce afin d'extraire de lui les faveurs attendues. Ils y parviennent : Eugène est ministre, puis Eugène chute à nouveau. Puis, en épilogue, Eugène est de nouveau une star. Cette structure sert certes le propos — le pouvoir comme addiction, chaîne dorée qui va et vient avec la Fortune — mais peut-être d'une façon trop transparente.

Zola applique son naturalisme fortement teinté de satire au monde politique, et c'est impitoyable. Il n'y a pas d'opinions, pas de convictions, essentiellement des girouettes qui suivent le vent pour servir leurs intérêts personnels. Les relations sociales sont purement clientélistes, purement instrumentales, Rougon étant un outil tantôt utile, tantôt épuisé, qu'on jette après usage. Le temps que ses amis lui consacrent est un investissement. Vite, des dividendes ! Grand classique de Zola : on se revendique de la morale en pratiquant le contraire de ce qu'on prêche. On fait les louanges des vertus de l'impératrice avant de se passionner pour les coucheries de l'empereur.

Rougon lui-même, homme de pouvoir capable de l'éloquence la plus brillante, est simplement là pour ça : le pouvoir. Il n'y a rien derrière, si ce n'est un goût inné pour la tyrannie, pour être le chef. Homme fort de l'empereur, outil de sa répression, il saisit les occasions d'exercer cette force et, dans les creux, se terre patiemment en attendant le retour de son heure.

Les personnages, loin de n'être pour Zola que l'occasion d'une déconstruction cynique, portent parfois une véritable flamme. Rougon a ses moments, entre deux horreurs, où il s'élève au-dessus de sa situation. Vaguement conscient de ce qu'il est, sa fierté face à la chute lui donne consistance et fournit quelques-uns des passages les plus frappants. Quant à Clorinde, l'aventurière qui, par vengeance — et faute d'autres options, en tant que femme à cette époque — s'élève jusqu'à la couche de l'empereur, elle a la dissipation de Nana, mais aussi un machiavélisme remarquable.