
Je n'ai rien appris, certes, mais c'est le genre de piqure de rappel qu'il convient de s'imposer régulièrement.
Alors que la barre des +1,5°C n'est officiellement pas encore franchie, la faute à un calcul qui demande une moyenne glissante sur 20 ans, rappelons que la France a connu trois mois d'été à +3,6°C et un mois de septembre à +3,1°C. Rappelons aussi que cet été, en France, il y a eu des déplacés climatiques. Que ce soit pour fuir les incendies eux-mêmes, les fumées qui envahissaient Bordeaux, ou juste pour ne pas mourir dans un appartement parisien impossible à rafraichir. Rappelons que le El Nino en cours est sans précédent, et que la sécheresse des sols en France est sans précédent. Malgré les énergies dites renouvelables, les émissions continuent d'augmenter de plus en plus vite, et même si elles diminuaient, le réchauffement, lui, continuerait. Il va continuer, c'est un fait, probablement de plus en plus vite, avec des conséquences de plus en plus catastrophiques.
Une blague dans le petit monde « collapse aware », c'est que dans les articles concernant le climat, tout est toujours « pire qu'attendu ». Les informations sont là, mais les journalistes sont toujours surpris. Les scientifiques font semblant de l'être.
Je reproduis le sommaire du livre, pour donner le ton. Les deux premiers chapitres sont les plus importants, les suivants découlant en bonne partie de ceux-là.
- La non-linéarité
- La chaleur mortelle
- La pénurie
- Le dépeuplement
- La contamination
- L'imprévisible
- La faim
- La migration et les guerres
- Le chaos
Quelques citations.
« Les températures maximales pourraient augmenter de 6 à 13°C l'été en France d'ici 2100, avec une moyenne globale de +8°C pour l'Europe occidentale. Cela correspond à des températures maximales journalières qui dépasseront régulièrement les 50°C. »
Je ne suis pas certain de pouvoir rajouter grand-chose de pertinent. Peut-être que c'est trop pessimiste, peut-être que ces températures n'arriveront qu'en 2150, comme le suggèrent d'autres chiffres plus loin. Peut-être en 2200. Dans ces conditions, une bonne partie de l'Europe est invivable, et les sociétés humaines auraient été confrontés à un effondrement global bien avant ces dates-là. Et un effondrement de l'AMOC ne viendrait pas compenser ces températures, mais rajouter d'autres perturbations, d'autres extrêmes.
De tous les points de bascule, avec l'effondrement de l'AMOC, celui concernant le permafrost est peut-être le plus terrifiant : le permafrost (ou pergélisol) contient plusieurs fois la quantité de carbone contenue dans l’atmosphère. Et ce carbone est déjà en cours de libération, entrainant une augmentation du réchauffement, et donc une augmentation de la vitesse de libération de ce carbone.
« D'ici 2100, l’Arctique pourrait relâcher autant de milliards de tonnes de CO2 que ce que l'humanité a émis depuis 1800. »
Ces chiffres, ces projections, sont évidemment à prendre avec des pincettes. Les différentes perturbations du système Terre et leurs interactions sont difficiles à prédire. Mais la direction est claire.
J'essaie d'être aussi honnête intellectuellement que possible, de ne pas me voiler la face sur ces questions, d'y penser activement, quotidiennement. En même temps, non seulement il est impossible de prévoir le futur, mais il ne sert à rien de se noyer dans le pessimisme. J'essaie d'être cohérent, de naviguer avec une relative droiture parmi les innombrables compromis et petites hypocrisies climatiques du quotidien. J’apprécie la vie, je veux des enfants, je suis avidement curieux du futur. J'ai eu le luxe de pouvoir choisir mon travail, et j'ai choisi de faire pousser des arbres, de reproduire des variétés fruitières, de produire et vendre des arbres fruitiers. Ce choix a été fortement influencé par ma connaissance du probable avenir climatique. J'écris ça alors qu'un bébé d'un an et demi — pas le mien — joue devant moi. Dehors, des champignons émergent. Je suis satisfait de les voir pointiller la pépinière. Je n'ai pas particulièrement d'espoir, mais je sais qu'il faut impérativement vivre comme si on avait de l'espoir. De la même façon qu'on doit désirer la vie mais sourire — sincèrement — face à la mort.


