Pas le Zola le plus fameux, loin de là, mais très bon néanmoins. Je dirais que le point faible évident de Son Excellence Eugène Rougon est sa structure simple et prévisible. Eugène est haut placé dans le gouvernement de Napoléon III, et le roman s'ouvre sur sa chute. Ses familiers s'emploient à le remettre en grâce afin d'extraire de lui les faveurs attendues. Ils y parviennent : Eugène est ministre, puis Eugène chute à nouveau. Puis, en épilogue, Eugène est de nouveau une star. Cette structure sert certes le propos — le pouvoir comme addiction, chaîne dorée qui va et vient avec la Fortune — mais peut-être d'une façon trop transparente.
Zola applique son naturalisme fortement teinté de satire au monde politique, et c'est impitoyable. Il n'y a pas d'opinions, pas de convictions, essentiellement des girouettes qui suivent le vent pour servir leurs intérêts personnels. Les relations sociales sont purement clientélistes, purement instrumentales, Rougon étant un outil tantôt utile, tantôt épuisé, qu'on jette après usage. Le temps que ses amis lui consacrent est un investissement. Vite, des dividendes ! Grand classique de Zola : on se revendique de la morale en pratiquant le contraire de ce qu'on prêche. On fait les louanges des vertus de l'impératrice avant de se passionner pour les coucheries de l'empereur.
Rougon lui-même, homme de pouvoir capable de l'éloquence la plus brillante, est simplement là pour ça : le pouvoir. Il n'y a rien derrière, si ce n'est un goût inné pour la tyrannie, pour être le chef. Homme fort de l'empereur, outil de sa répression, il saisit les occasions d'exercer cette force et, dans les creux, se terre patiemment en attendant le retour de son heure.
Les personnages, loin de n'être pour Zola que l'occasion d'une déconstruction cynique, portent parfois une véritable flamme. Rougon a ses moments, entre deux horreurs, où il s'élève au-dessus de sa situation. Vaguement conscient de ce qu'il est, sa fierté face à la chute lui donne consistance et fournit quelques-uns des passages les plus frappants. Quant à Clorinde, l'aventurière qui, par vengeance — et faute d'autres options, en tant que femme à cette époque — s'élève jusqu'à la couche de l'empereur, elle a la dissipation de Nana, mais aussi un machiavélisme remarquable.
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