vendredi 23 janvier 2026

La vie est ailleurs - Kundera

La vie est ailleurs - Kundera

J'ai failli croire que je laisserai tomber ma lecture, malgré l'écriture fantastique de Kundera. En effet, si la finesse psychologique reste remarquable de bout en bout, le début n'est pas la partie du roman la plus aguichante. Une mère, un mari, un bébé, les relations foireuses de tout ce beau monde, etc. C'est écrit avec une plume remarquable, évidemment, mais ça reste assez commun. De plus, Kundera se met à insérer des apartés qui n'ont pas su m'intéresser. Il y a toutes ces invocations de poètes fameux dont Jaromil (le bébé qui grandit) est l'alter-égo, et ce long chapitre fantasmagorique (et franchement soporifique) qui est sensé être écrit par Jaromil lui-même. J'ai lu ces passages en diagonale.

Cependant, alors le récit progresse, que le protagoniste mature, et que Kundera s’intéresse à la réalité politique de la République Thèque (la révolution communiste), l'intérêt va croissant. Je dirais qu'il y a plusieurs fils entrelacés :

  • La relation toxique entre Jaromil et sa mère, qui le voit comme un succédané à sa vie amoureuse.
  • La relation entre Jaromil et les femmes, prétexte à quelque scènes hilarantes. Là non plus les relations ne vont pas dans le bon sens : Jaromil, malhonnête, prétend ne croire qu'en un absolu (fantasmé). En vérité, il est guidé par sa libido, et la quête d'absolu n'est qu'une tentative de contrôle.
  • La terrible politisation de Jaromil, qui mènera à un acte atroce. 
  • La poésie, et la critique de cette poésie et du lyrisme :

Le lyrisme est une ivresse et l'homme s'enivre pour se confondre plus facilement avec le monde. La révolution ne veut pas être étudiée et observée, elle veut qu'on fasse corps avec elle ; c'est en ce sens qu'elle est lyrique et que le lyrisme lui est nécessaire.

Je ne fais pas justice au roman en évoquant ces quelques points, car ce qui fait tout l'intérêt et toute la puissance de Kundera, c'est la distance cynique avec ses personnages et la pertinence de l'analyse psychologique. (Notons aussi la peinture du régime communiste.) Il y a dans l'écriture de Kundera une vraie radicalité : ses personnages sont comme des pantins manipulés par des forces, des pulsions, qu'ils ne perçoivent pas. Avec la distance que permet l'écriture, on voit ces êtres de haut, on voit toutes les choses humaines de haut. On les comprend donc mieux.

Il y a trop longtemps que j'ai lu les autres romans de Kundera pour pouvoir les comparer à celui-là. Il me semble néanmoins crédible que Kundera rejoindra les grands classiques. 

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