mercredi 24 décembre 2025

De zéro à un - Peter Thiel

 De zéro à un - Peter Thiel

Peter Thiel est un milliardaire de la Silicon Valley qui a, encore aujourd’hui, près de 25 ans après la fondation puis la vente de Paypay, une énorme influence. Il a contribué en tant que capital-risqueur à de nombreuses entreprises devenues colossales (Facebook, etc.), il a cofondé Palantir (logiciel de gestion de big data employé notamment par la DGSI), et il est à l'origine de la carrière politique du vice-président américain actuel, JD Vance. Il sembler travailler, avec d'autres milliardaires de la tech et des sycophantes comme Curtis Yarvin, à un futur qu'on pourrait qualifier de techno-fascisme. Plus pudiquement, on peut aussi dire droite tech. Ces temps-ci, il fait des discours sur l'antéchrist, qui serait à peu près tout ceux qui ne partagent pas ses perspectives.

J'espérais dans ce bouquin paru en 2014 un aperçu de l'idéologie de Thiel, mais c'est décevant sur ce plan. C'est une sorte de mémoire inégal. J'ai beaucoup apprécié les réflexion sur les start-ups et le capital-risque. Il y a aussi bon nombre d'anecdotes intéressantes sur l'apogée de la bulle spéculative internet autour de l'an 2000. En revanche, pour une bonne moitié du livre, Thiel expose ses diverses opinions, et c'est... banal ? J'ai été surpris de le lire assez raisonnable sur les problématiques environnementales et les questions d'inégalités. Il mentionne l'échec des énergies renouvelables aux USA, après une bulle en 2007/2008, et l'analyse m'a semblé relativement pertinente. A la fin du livre, il se met à parler de la figure du "fondateur" (de start-up), et ça devient très pénible, il se passe de la pommade, sur à quel point les fondateurs sont précieux, uniques, etc. Ce n'est même pas que je ne partage pas son opinion, c'est qu'il n'est ni subtil ni original dans ses idées.

En somme, au-delà de ce qui relève de son expérience directe des start-ups de la tech et du capital-risque, qui est digne d'intérêt, j'ai eu l'impression de lire quelqu'un de plutôt intelligent, plutôt cultivé, un peu isolé par le monde richissime et élitiste auquel il appartient, mais pas non plus totalement déconnecté de la réalité. Il laisse transparaitre son lot d'idées farfelues, voire foireuses, mais sans plus. Il passe beaucoup de temps à taper sur l'itinéraire normal de la vie, comme si tout le monde n'avait qu'à créer une start-up au lieu de faire des études. C'est surtout un peu chiant, quand il ne parle pas directement d'économie. J'ai eu l'impression de quelqu'un avec qui j'aurais beaucoup aimé parler d'idées, si croisé par hasard. Mais ce livre n'est pas un brûlot idéologique, comme par exemple le manifeste de Marc Andreessen, autre milliardaire capital-risqueur de la tech. Pour trouver l'idéologie, il faut extrapoler à partir des concepts économiques développés.

L'idée centrale différencie deux types de progrès : le progrès horizontal, classique, qui fait passer de 1 à (inventer de nouvelles variations), et le progrès vertical, qui fait passer de 0 à 1, qui serait le seul véritable créateur de nouveauté.

Il prend aussi beaucoup de temps pour défendre l'idée de monopole« Dans une situation de concurrence parfaite, l'entreprise est tellement concentrée sur les marges du présent qu'elle ne peut planifier aucun avenir à long terme. un seul facteur permet à une entreprise de transcender la lutte journalière brute pour la survie : les bénéfices du monopole. » Le monopole serait la seule façon d'accumuler efficacement du capital. On comprend à quel point cette idée s'applique bien à la tech, qui a une capacité unique d'ubiquité.

Selon lui, les monopoles ne méritent leur mauvaise réputation que dans un monde où rien ne change. En effet, le progrès et l'innovation permettraient de renverser les monopoles inefficaces. Il affirme : « Le monopole est la situation de toute entreprise qui réussit. »

samedi 20 décembre 2025

Éloge du mariage, de l'engagement et autres folies - Christiane Singer

 

Un livre offert par un couple d'amis. Je n'aurais pas lu plus de quelques pages si je n'avais pas ressenti le besoin d'être en mesure d'en parler.

L'écriture m'est franchement intolérable. Je ne voudrais pas faire de jugement de valeur absolu : c'est certainement une question de sensibilité, et cette écriture est contraire à mes sensibilités. A mon sens, c'est une écriture d'intense confusion émotionnelle, un déchargement affectif d'une pénible lourdeur dont la forme surchargée, qui relève de l'esbroufe, ne parvient pas à camoufler un fond trop léger.

Au-delà de l'écriture, je ne trouve pas là d'idées particulièrement pertinentes. Je sens que parfois je ne suis pas loin d'acquiescer, de trouver une branche où m'accrocher, mais tout est si inutilement englué dans des torrents d'exubérance ampoulée que je ne peux que soupirer d'exaspération. Finalement, sous les grands mots se cache une plate et banale rhétorique vaguement réactionnaire : aujourd'hui, vraiment, les gens ont perdu la valeur de l'engagement.

Certes, les humains ont besoin de contact humain. Je veux bien croire qu'une relation de couple durable soit corrélée à plus de satisfaction et moins de misère. Cependant, cette sacralisation du couple, de l'engagement, me semble mal placée. En sacralisant, en mettant plein de grands mots, en imaginant une magie de la chose, on créé une mystique superflue, voire nuisible. Je préfère la voie de la sacralisation. Le couple engagé sur le long-terme est une façon parmi d'autres de répondre à ces vastes et intarissables besoins humains que sont le lien intime avec autrui et l'intégration sociale. Ce sont ces besoins qu'il faut reconnaitre et embrasser, sans idéaliser une méthode particulière de les satisfaire, aussi pratique (voire innée, qui sait) soit-elle pour assurer un minimum de lien humain et donner plus de chances à sa progéniture. Je n'ai rien contre l'engagement dans la vie de couple, au contraire comme je l'ai mentionné, c'est hautement pratique — mais il y a tellement plus à imaginer pour façonner un humain épanoui. Le couple peut autant être une saine fondation qu'une prison sordide, et des millions d'autres choses. Ce qu'il faut, c'est plus de communauté : vivre avec d'autres humains, partager le quotidien d'autrui, être confronté à l'altérité, être intégré à une communauté, travailler ensemble à gérer et améliorer le sort commun. Et ce, qu'il y ait couple traditionnel ou non.

Est-ce que l'autrice évoque ça ? Je ne sais pas trop. Peut-être. Avec plus de points d'exclamation, d'exhortations à la deuxième personne et de contes douteux riches en princes et princesses.

mardi 16 décembre 2025

Think Again - Adam Grant

Think Again - Adam Grant

L'idée centrale de ce best-seller est aussi simple que pertinente : c'est une apologie de la capacité à douter, à questionner ses idées, à se remettre en question. Comme souvent dans ce type de littérature, c'est trop verbeux. La thèse ne mérite pas autant de pages, ou aurait mérité des pages plus denses. Ceci dit, même si on trouve bon nombre de banalités et d'histoires déjà lues ailleurs, que je n'ai pas appris grand-chose et que j'ai souvent lu en diagonale, j'ai aprécié. C'est typiquement le genre de livre de "développement personnel" qu'il faudrait faire lire aux gamins entre 10 et 15 ans, afin de leur offrir un raccourci vers des perspectives trop peu souvent enseignées. 

Ci-dessous, quelques notes.

J'ai aprécié la comparaison avec la perspective du scientifique :

If you're a scientist by trade, rethinking is fundamental to your profession. You're paid to be constantly aware of the limits of your understanding. You're expected to doubt what you know, be curious about what you don't know, and update your views based on new data.

In preacher mode, changing our minds is a mark of moral weakness; in scientist mode, it's a sign of intellectual integrity.

A propos du syndrome de l'imposteur :

  1. Comme on doute de ses capacités, on ne se repose pas sur ses lauriers, et on peut être motivé à travailler plus dur.
  2. Comme on n'est pas ancré dans un "comportement de gagnant", on est plus susceptible d'être flexible mentalement. On échappe à l'effet Dunning-Kruger, puisqu'on sait qu'on ne sait pas.
  3. On peut donc devenir un meilleur apprenant : on ressent la nécessité de progresser, d'apprendre.

Deux types de détachement qui peuvent permettre la fertile remise en question de soi :

  • Détacher son soi présent de son soi passé
  • Détacher ses opinions de son identité 

La différente entre conflit relationnel, et conflit de tâche, ou conflit d'idées. On peut avoir le second conflit sans le premier. Le conflit d'idées peut même être central à une bonne relation interpersonnelle, sans parler de sa nécessité. L'absence de conflit n'est pas nécessairement de l'harmonie, du conflit sain peut être fertile.

Le motivational interviewing : comme on peut rarement motiver quelqu'un à changer, mieux vaut aider autrui à trouver de la motivation intrinsèque. Pour ce faire :

  • Poser des questions ouvertes
  • Pratiquer l'écoute réflexive (avec reformulation)
  • Trouver des points d'accord
  • Identifier les moments où la personne commence d'elle-même à parler de changement (même de loin)
  • Aller dans le sens de la capacité de la personne à changer et à vouloir changer 

vendredi 12 décembre 2025

Wandering Soles - Chad Zuber

 Wandering Soles - Chad Zuber

C'est une lecture un peu particulière. Chad Zuber est youtubeur, dans la vague techniques primitives. Son principal format vidéo, c'est : des plans fixes très travaillés, pas ou peu de paroles, et un suivi détaillé de diverses techniques et connaissances primitives : construction de huttes, poteries et autres objets du quotidien, plantes et nourritures sauvages, parfois juste aventure et exploration... (Il a tenté d'autres formats qui lui conviennent moins.) Au delà de ses connaissances, qu'il partage dans ses vidéos, son style me touche énormément. De tous les vidéastes "primitifs", il se détache par un profond sens de l'esthétique, une remarquable honnêteté et une capacité impressionnante à mener à bien des projets primitifs toujours beaux. Par exemple, dans ses vidéos, tous les objets en terre cuite (y compris les briques de ses huttes) sont faits de ses mains avec de l'argile sorti du sol en le grattant avec des os, toutes les ficelles (y compris le hamac) sont tressées de ses mains à partir de plantes sauvages...

Il a sûrement eu une influence considérable sur moi. C'est grâce à lui que je me suis mis à la vidéo, il y a peut-être, je ne sais pas, 5 ans ? J'allais passer des journées dans les bois et les friches à grignoter des plantes sauvages. Il a sûrement contribué à mon désir de grand air, au fait que j'arrête de me laver les cheveux, et bien d'autres choses encore. Ses vidéos étaient pour moi un grand réconfort — et une inspiration. Faute d'en avoir beaucoup dans la réalité, on trouve des rôles modèles dans l'art, dans la fiction, etc., et dans les vidéos primitivistes, il faut croire.

Il a pendant plusieurs années pu vivre de ses vidéos, mais le succès est capricieux. Il n'a pas su capitaliser sur son pic de popularité, et aujourd'hui il galère financièrement — ce qui, tragiquement, réduit le nombre de vidéo qu'il est en mesure de filmer. Je lui ai écrit un mail pour lui signifier mon appréciation, mais aussi pour lui donner modestement des conseils, et il en a mis au moins un en pratique : mettre dans la description de ses vidéos un lien vers ce petit livre, dans lequel il raconte son premier voyage, en 1999, alors qu'il avait 26 ans.

Pour tout ce qu'il m'a apporté, j'aurais aimé lui donner plus que les quelques euros que coute cet ebook, mais, mauvais influenceur qu'il est, il ne donne à son public guère d'autre moyen de lui envoyer de l'argent.

Donc, une fois n'est pas coutume, je lis ce récit comme un fan

Je suis en plein dans ce qu'on appelle une relation parasociale.

Chad écrit plutôt bien. (D'ailleurs, je recommande sa newsletter, qui est bien la seule que je fréquente.) Ce récit fait plus sens quand on sait que Chad est, au final, devenu une sorte d'aventurier professionnel. En 1999, il travaille dans une usine, il a deux enfants, son mariage s'effondre, et il s'enfuit pour réaliser son premier véritable voyage : 10 jours à Cancun.

Mais Chad n'a ni expérience, ni argent. Il erre comme un vagabond, il dort sur des bancs et sur la plage, il fait tout de même quelques expéditions touristiques... Il se lie d'amitié avec un autre vagabond, Antonio. D'abord méfiant, Chad s'ouvre petit à petit. Ensemble, ils passent deux jours à vadrouiller, à dormir dehors, à s'entraider — et ils seront toujours amis 20 ans plus tard. Sensible, introverti, Chad peine à se sentir à sa place dans cette ville de fête et de complexes hôteliers. Ravagé par la fatigue, par le manque de sommeil, il se réjouit néanmoins de l'expérience : enfin, de l'aventure !

Sur la fin de son séjour, Chad rencontre une femme. Mais Chad n'est pas n'importe quel homme : oui, il veut bien monter dans sa chambre, mais à une condition : pas de sexe ! Les deux se plaisent, s'attirent, mais au fond savent qu'ils ne sont pas compatibles. Il y a cette scène hilarante, où la belle latina se déplace langoureusement en string dans l'appartement, pendant que Chad, éclaté par le manque le sommeil, cherche la fraicheur en s'allongeant sur le sol plutôt que sur le lit — et se récite des proverbes bibliques pour résister à la tentation.

J'ai aprécié ce petit récit. Chad est extrêmement candide, et son épopée — parfois très banale, certes, mais parfois méritant le nom d'aventure — est plaisante à suivre en bonne partie pour cette raison. Ses émotions, ses craintes, ses désirs, apparaissent avec une transparence rafraichissante. Évidemment, ça fonctionne pour moi parce que j'aime bien Chad. J'aimerais qu'il soit mon pote. J'aimerais me poser avec lui dans un canyon du Mojave, les pieds dans un ruisseau d'eau claire, à extraire les fibres de feuilles de yucca fraichement récoltées. Mais peut-être n'aurais-je pas la patience nécessaire.

dimanche 7 décembre 2025

Moral Ambition - Rutger Bregman

 Moral Ambition - Rutger Bregman

Il serait très facile de faire le cynique face au dernier bouquin de Rutger Bregman, Moral Ambition. Après tout, l'auteur de Utopia for Realists et Human Kind est connu pour ses ouvrages qu'on pourrait qualifier de bien pensants, naïfs, etc. J'ai moi-même pu les trouver dignes d'intérêt, mais frustrants.

Moral Ambition n'échappe pas à ses écueils. Bregman sélectionne tout un tas d'anecdotes, de personnages historiques, et finalement passe beaucoup plus de temps à raconter des histoires (certes édifiantes) qu'à construire une perspective cohérente et argumentée. Là où ça fonctionne, selon moi, c'est que le message est le suivant : le monde est façonné par une minorité agissante. J'approuve abondamment. Tout le livre est justement une invitation à faire partie de cette minorité agissante.

Certes, la forme est parfois un peu confuse, maladroite, convenue, mais j'apprécie cette fusion entre idéalisme systémique (perspective "de gauche") et nécessité de prise de responsabilité individuelle (perspective "de droite"). Qu'on me pardonne ces extrêmes simplifications.

Il me semble que l'immense majorité des livres contemporains et accessibles qui font leur beurre sur la responsabilité individuelle ont une optique individualiste, de développement personnel, de quête du succès économique, etc. Or, il me semble extrêmement pertinent de se pencher sur la responsabilité individuelle envers le bien commun, l'amélioration du sort de toute l'humanité. « There's no law of nature ensuring everything turns out alright. It's up to us. » Est-ce que c'est l'évidence même ? Peut-être. Est-ce que la plupart des gens mettent en pratique cette idée ? Absolument pas.

Donc, je ne serai pas cynique face à Moral Ambition.

Ci-dessous quelques notes. 

J'ai beaucoup aimé l'intro, qui évoque Mathieu Ricard, le bouddhiste français qui a publié quelques niaiseries qui se vendent bien. Certes, le repos, la méditation, la réflexion, etc., sont importants pour une existence saine et équilibrée. Mais, en un sens, quel acte plus égoïste que de passer 60000 heures de sa vie en méditation, à se façonner un nirvana personnel ? Ce n'est pas un jugement moral catégorique de ma part, mais je trouve que c'est une question pertinente. Bregman évoque en conclusion que Mathieu Ricard, dans une seconde partie de sa vie, a fait face à ce problème, et s'est consacré à des causes pratiques.

Bregman évoque l'altruisme efficace, et j'ai reconnu mes propres questionnements dans ses réflexions.

Une idée importante : comment faire passer autrui à l'action ? La meilleure façon est de demander. D'utiliser la simple puissance des interactions humaines pour faire bouger la fenêtre d'Overton.

Biais à éviter pour que l'idéal passe vraiment dans la réalité :

  1. L'illusion de la conscience. C'est bien de savoir, mais ce n'est que par l'action que les choses changent.
  2. L'illusion des bonnes intentions. Non, les bonnes intentions ne signifient pas nécessairement bonnes conséquences ou conséquences significatives. La plupart des initiatives ont une conséquence quasi-nulle voire négative.
  3. L'illusion des bonnes raisons. Pur conséquentialisme : peu importent les raisons de l'action tant que le résultat est là. Exemple : faire interdire l'achat d'esclaves en Angleterre en informant sur l'horreur de la vie et le taux de mortalité des marins anglais qui font tourner la traite. Là, ça touche une corde sensible chez les gentlemen influents.
  4. L'illusion de la pureté. Toute coalition à succès est un pacte entre factions qui sont en désaccord sur bon nombre de choses. Par exemple : la façon dont l'intersectionnalité aliène beaucoup d'alliés potentiels à la gauche contemporaine.
  5. L'illusion de la synergie. En gros, résultats concrets > résultats parfaits.
  6. L'illusion de l'inévitabilité. « History doesn't do things; people do things. »

Point capital : les innovations scientifiques ont sauvé bien plus de vies que tous les saints du monde. Exemple parmi tant d'autres : le vaccin contre la polio.

L'histoire de la moralité pourrait être une histoire de l'élargissement du champ de l'empathie. 

jeudi 4 décembre 2025

Upgrade - Blake Crouch

Upgrade - Blake Crouch 

Après les hautement sympathiques thrillers SF qu'étaient Dark Matter et Recursion, Blake Crouch déçoit avec son dernier bouquin. C'est une histoire de super-humains augmentés génétiquement qui se laisse lire en diagonale, mais on revient vers du techno-thriller banal. 

  • Ce n'est absolument pas original, ce concept est déjà lu, vu, revu et relu. Ce n'est pas un problème en soi, tout dépend ce que l'auteur en fait, mais justement, il n'en fait pas grand-chose. Comparée aux deux précédents romans, qui tendaient vers le maximalisme, la trame est ici parfaitement convenue, dénuée de surprises percutantes. La fin est une longue scène d'action soporifique.
  • J'ai aprécié les détails concernant la biologie — il aurait été facile de les survoler encore plus légèrement, mais ça apporte un peu de densité.
  • L'écriture de l'hyper-intelligence est décevante. Comme dans les deux précédents romans de l'auteur, c'est un sujet casse-gueule, mais cette fois il n'y pas assez d'éléments stimulants pour distraire le lecteur. Ces humains avec des QI de 250 ont des réflexions franchement basiques, notamment sur le rapport entre intelligence et émotion.
  • Il y a un gros problème narratif. Pourquoi notre narrateur décide-t-il instantanément que répandre le virus de l'hyper-intelligence à travers le monde est une mauvaise idée ? Alors oui, il y a évidemment des tonnes de questions éthiques et pratiques qui se posent, et ça a l'avantage narratif de créer un conflit avec l'antagoniste, mais qu'est-ce qui pousse notre narrateur à faire ce choix, au-delà d'un évènement sans lien direct qui s'est déroulé 15 ans auparavant ? Dans Dark Matter et Recursion, il est évident que les technologies explorées posent un danger considérable pour l'espèce humaine, et c'est exploré pleinement par le récit, sans ambiguïté. Mais là, je ne sais pas, ça ne serait pas mieux si tout le monde avait une bien meilleure compréhension de soi-même et de l'univers ? Si tout le monde avait un accès total à sa mémoire et la capacité d'enfin apprendre de ses erreurs ? Si chacun était en bien meilleure santé physique ? Et avait non seulement les capacités de percevoir la complexité et l'importance du dérèglement du système Terre, mais en plus la volonté et les capacité d'agir ? Il aurait fallu plus d'effort narratif pour justifier la quête du protagoniste — ou embrasser plus franchement l'ambiguïté morale de la situation.
  • Ceci dit, j'ai aprécié l'épilogue, où il est révélé que le protagoniste a finalement mené à bien sa version du projet d'upgrade de l'espèce humaine — mais un upgrade de la capacité à la compassionC'est une conclusion pertinente.

Ma foi, si jamais Blake Crouch publie un nouveau thriller typé SF, je resterai tenté d'y jeter un œil. 

Update : je viens de repenser à Virus de John Brunner, qui a le même concept, sauf que le but des protagoniste est de répandre l'hyperintelligence. Je devrais le relire.