vendredi 26 février 2016

2010 Odyssée Deux - Arthur C. Clarke


2010 Odyssée Deux - Arthur C. Clarke

Première chose surprenante, 2010 Odyssée Deux n'est pas la suite du roman 2001, mais du film de Kubrick. Ce qui fait qu'un certain nombre de détails ne sont pas ceux auxquels on pourrait s'attendre. Un choix étrange, mais bon, pourquoi pas. Autre surprise, Clarke se sent obligé de résumer l'histoire du film... et de son roman précédent. Du coup, on a quelques pages qui ressemblent à une novélisation du film et d'autres pages qui sont tout simplement des extraits du roman 2001. Certes cela ne dure pas très longtemps, mais c'est bien représentatif de l'ensemble du roman : ça tourne un peu en rond.

Avec 2001, Clarke avait une histoire modèle dotée d'une narration parfaitement linéaire. A chaque page, le lecteur avait l'impression d'aller de l'avant. Rien n'était superflu, tous les éléments s'emboitaient parfaitement les uns avec les autres. Mais là, c'est plutôt raté. Les humains organisent un nouveau voyage pour essayer de comprendre ce qui est arrivé à la précédente expédition. Et à la fin ils font demi-tour, en n'ayant eu aucune influence sur les événements. Une trame secondaire s'intéresse à la vie sur Europe (ce qui pourrait avoir inspiré le film Europa Report), une autre suit l'entité qu'est devenu Bowman, l'astronaute disparu à la fin du roman précédent. Ou du film. Bref, ces éléments se mêlent progressivement et prennent sens ensemble jusqu’à un épilogue plutôt réjouissant. Par contre, on a vraiment l'impression que l'équipage humain ne sert à rien. Clarke passe beaucoup de temps à essayer de développer ses personnages, avec un résultat plutôt discutable. Je préfère ne pas commencer à parler des personnages féminins et des relations homme femme. Bref, 2010 Odyssée Deux, c'est beaucoup de blabla et une construction de loin inférieure à la limpidité de 2001. Ceci dit, le roman ne manque pas d’intérêt. Je l'ai dévoré très vite, on se laisse facilement prendre dans la très réussie ambiance d'exploration spatiale. Et les intelligences extraterrestres sont toujours aussi fascinantes.

276 pages, 1982, j'ai lu

mercredi 24 février 2016

2001 L’odyssée de l'espace - Arthur C. Clarke


2001 L'odysée de l'espace - Arthur C. Clarke

Un livre lu pour la première fois quand j'étais enfant, ou jeune ado, je ne me souviens plus exactement. Et un livre qui m'avait profondément marqué. Je ne lisais pas encore beaucoup de science-fiction à l'époque. Et paf, tout d'un coup, 2001. Un concept en particulier est resté ancré en moi pendant toutes ces années. L'évolution de la vie intelligente. Du corps nait l'esprit, puis le corps et l'esprit construisent ensemble la machine. La machine se révélant finalement supérieure au corps, l'esprit migre dans le métal et le plastique, avec peut-être un souvenir de son existence passée, un cerveau biologique par exemple. Puis, évoluant encore, l'esprit conquiert la matière, embrasse une vie de pure immatérialité et peut modeler les énergies qui l'entourent.

Et que pourraient faire de tels êtres pour s'occuper ? Outre plein de choses qui dépassent notre compréhension, cultiver la vie. Juste pour le plaisir de la vie, le sens de la vie étant la vie elle même. Même l'humanité balbutiante s'est vue capable de créer l'intelligence artificielle, intelligence qui comme celle de ses créateurs n'est pas immunisée contre les névroses...

L'écriture de Clarke n'a rien de spécial, mais tout le reste est fantastique. 2001, c'est un peu le récit de science-fiction idéal. Récit de l'intelligence et de l'évolution. L'humanité n'est rien d'autre qu'une expérience parmi d'autre, une petite planète arriérée dans un vaste univers débordant de mystères. Mais rien n'est perdu, l'intelligence n'est pas malveillante, au contraire, et comme un enfant timide rencontrant un vieux sage qui deviendra son maitre à penser, l'Homme peut apprendre. Jusqu'à ce que, peut-être, il réalise que celui qu'il prenait pour un vieux sage n'est qu'un enfant un peu plus mature et expérimenté. Un classique.

1968, 310 pages, j'ai lu

mardi 23 février 2016

La Curée - Zola

Zola - La Curée

La Curée, deuxième volume des Rougon-Macquart. Le second empire attise les appétits, et Aristide Saccard, venu à Paris avec sa femme, sa fille et beaucoup d'ambition, veut sa part du gâteau. Paris est détruit pour être reconstruit, les nouveaux boulevards tracent leur chemin à travers les vieux bâtiments. Il y a là de quoi faire de belles affaires immobilières, pour qui n'est pas trop étouffé par son sens moral. On s'en doute, ce n'est pas le cas de Saccard.

Zola met en scène ce qu'il appelle la décadence, la pourriture de second empire. Et c'est très drôle. Par exemple, Saccard, négociant un nouveau mariage avec la belle Renée, mariage arrangé pour une dot avantageuse, le tout sur le lit de mort de sa femme agonisante, pour qui la trahison de son mari sera les dernières paroles qu'elle entendra de son vivant. Cela pose le ton. Tout est permis, ne comptent que la gloire et la fortune. Un fois installé, Saccard vit comme un prince, mais sans accumuler. Ce qu'il gagne avec ses arnaques, il le dilapide immédiatement. Tout est affaire d'apparences. Ainsi, n'ayant plus un rond en poche, il est plus avantageux pour lui d'aller au bal avec sa femme portant une parure de diamant d'une immense valeur plutôt que de vendre les bijoux. Tout le monde croira à sa fortune, et donc on acceptera de lui faire crédit.

Saccard, sa femme Renée et son fils Maxime vivent dans un palace comme trois étudiants en collocation. Ils se croisent de temps en temps, vont passer la nuit où bon leur semble et vaquent à leurs occupations, l'un apportant l'argent qui sera dilapidé par les trois. Et dans cet ennui malsain, la seule excitation qui reste à Renée est celle de l'inceste. Maxime, sous ses airs androgyne, ne manque pas de charme...

Zola peint à merveille cette société d'opportunistes en quête de gloire et de plaisirs. Les trois personnages principaux, dans leurs excès comme dans leurs faiblesses, sont absolument captivants. Saccard, habité d'une folle puissance vitale qui lui confère un charisme impressionnant, est comme la vie elle-même, il crée et détruit sans questionnements moraux, seule compte l'action. Le personnage ne changera pas dans L'Argent. Renée, femme flamboyante servant de jolie façade à son mari, plongée dans les plates occupations d'une vie faite d'oisiveté, de plaisirs charnels et de robes aux prix scandaleux. Habitée comme son mari d'un puissant élan vital, elle n'a pas comme lui de terrain de jeu où dissiper son énergie, et elle finira ainsi par se consumer. Et Maxime, plongé dès son adolescence dans ce milieu marécageux, a très bien su s'adapter. Des plaisirs de la chair et de l'habilité sociale, il n'a pas grand chose de plus à apprendre. Pourtant, tout cela le lasse, le fatigue. Il n'a pas l'énergie de son père ou de son amante, il se laisse porter par le courant, en sachant quand regagner la berge. Vers la fin du roman, un scène excellente met en scène Saccard, essayant de persuader Maxime, désormais indépendant financièrement, de lui confier son argent pour l’investir dans quelque spéculation suspecte. Maxime, riant, cynique, refuse catégoriquement, et son père semble sincèrement ne pas comprendre qu'on ne veuille pas lui confier d'argent.

Zola est un maitre pour ce qui est de peindre la société, mais là il m'a particulièrement ébloui avec un trio de personnages vraiment fascinants. Génial.

1871, le livre de poche

samedi 13 février 2016

L'argent - Zola


L'argent - Zola

Zola s'attaque au monde de la finance. Saccard, personnage déjà présent dans La Curée, veut le succès. Accumuler les millions, détruire la banque juive, être adulé par les petits épargnants. Alors, accompagné d'associés malhonnêtes ou naïfs, il va fonder sa maison de crédit, l'Universelle, et affoler la bourse parisienne.

Dans l'univers de la haute finance, les choses sont très virtuelles. La cote d'une action ne représente pas d'autre réalité que la confiance placée en elle. Pour aller avec cette thématique, les personnages du roman sont chacun envahis d'un rêve qui les dévore, les pousse à rechercher, accumuler ou dépenser l'argent. Saccard bien sur, personnage de pure énergie, incarnation de la vie qui, comme l'agent, créee et détruit sans souci moral. Caroline, qui tente de modérer Saccard et qui, quoi qu'il arrive, sans faire exprès, est heureuse. Son frère, Hamelin, ingénieur de génie, envahi de grands projets qui ne sont rien sans le pouvoir de l'argent. Sigismond, le marxiste, totalement passionné par l'élaboration de la société idéale. La princesse d'Orviedo, ne cherchant qu'a expier les péchés de son mari en dilapidant en charité les millions accumulés par le brigandage légal. Gundermann, le roi de finance, tout dévoué à l'accumulation calme et tranquille d'un capital sans fond, alter ego de James de Rothschild. Sans compter tous les petits, tous ceux sur lesquels s'appuie la bourse, et qui sont régulièrement balayés dans les crises.

Dans le grand combat financier, Zola oscille entre les métaphores militaires et religieuses. La danse des millions est parfois une bataille sanglante, où ruse, manipulation et habilité tactique décident des vainqueurs et des perdants, ces derniers souvent blessés à mort, agonisant dans le fossé, leurs rêves réduits en miettes. A d'autres moment, c'est une vaste entreprise messianique, Saccard devant réunir ses fidèles, créer la foi et la confiance, jusqu'à ce que même ceux dont il cause la ruine voient en lui un grand homme de bien. Dans tous les cas, on ne sort guère du mensonge et de l'arnaque.

Et Zola conclut, après avoir sans souci emporté le lecteur dans cette opaque mais fascinante valse des richesses : « Il avait raison : l'argent, jusqu'à ce jour, était le fumier dans lequel poussait l'humanité de demain. L'argent, empoisonneur et destructeur, devenant le ferment de toute végétation sociale, le terreau nécessaire aux grands travaux qui facilitaient l'existence.»

500 pages, 1891, Le livre de poche

vendredi 15 janvier 2016

The Investigation - Stanislas Lem


The Investigation - Stanislas Lem

Un roman de Stanislas Lem qui, je crois, n'a jamais trouvé son chemin jusqu'à la France. En effet il est un peu surprenant : ce n'est pas vraiment de a science-fiction. Pas du tout, en fait, sauf si l'imagination du lecteur en décide autrement. C'est un roman policier, mais sans crime ni coupable. Les enquêteurs du Yard sont un peu déconcertés par ce qui ressemble à des vols de cadavre. Ou a des résurrections, selon le point de vue. Le récit suit l'inspecteur (ou quelque soit son titre exact) Gregory au cours de son enquête qui, il faut bien l'avouer, ne sera pas très palpitante. Aucun indice, rien. Aucun suspect non plus. Gregory en est tellement désespéré qu'il fait une fixation sur un collaborateur du Yard amateur de statistiques, persuadé que sa façon troublante d'expliquer rationnellement les événements avec des chiffres est un peu louche. Mais au final, rien. Juste plein de théories loufoques tentant d'expliquer l'inexplicable. Et ma foi, sur ce plan, c'est très réussi. Lem explore les limites de la connaissances humaine. Il semble donc que certaines choses soient inaccessibles pour notre modeste espèce. Gregory est un personnage très attachant, un peu paumé, comme tout le monde semble l’être face à cette affaire. The Investigation est une bizarrerie à la croisée des genres qui réussit plutôt bien à maintenir chez le lecteur ce délicat équilibre entre curiosité et frustration, tout en soulevant quelques problèmes intéressants sur notre capacité de compréhension du monde.

189 pages, 1959, Avon books

lundi 11 janvier 2016

Marina di Vezza - Aldous Huxley


Marina di Vezza - Aldous Huxley

Un Huxley dans la veine de Contrepoint et La paix des profondeurs. Pas vraiment d'histoire linéaire, juste l'analyse de quelques personnages, de leurs relations et obsessions. Dans sa villa italienne Mrs. Aldwinkle accueille des invités aux profils variés. M. Cardan, le cynique à la culture impressionnante qui craint de passer sa vieillesse dans la pauvreté.  Miss Thriplow, jeune romancière très soucieuse de son image. M. Calamy, homme mature, riche et désabusé, passant de la vie mondaine à la recherche de l'ascèse. M. Falx, le vieux politicien sérieux et rabat-joie. Lord Hovenden, jeune homme inexpérimenté fou amoureux d'Irène qui, vivant dans l'ombre de sa tante, ne le remarque pas. Mrs. Aldwinkle elle-même, vieillissante et égocentrique, a peur de voir ses invités la fuir et de se retrouver seule, loin de monde. Et Francis Chelifer, brillant et détaché, que je soupçonne fortement être l'alter-égo de Huxley. C'est d'ailleurs le seul personnage qui a l'occasion de s'exprimer à la première personne à travers des extraits de son journal, délices d'intelligence et de lucidité. D'ailleurs ces qualificatifs s'appliquent au roman dans son intégralité. Tous ces êtres oisifs se baladent, interagissent, parlent de la nature du beau ou de l'avenir de l'humanité, M. Cardan organise un coup tordu pour adoucir ses vieux jours, les couples se font et se défont ... Et c'est juste un régal. Brillant, drôle, fascinant. Et surtout, cette conscience, cette lucidité, cette distance permanente de l'auteur qui observe et décrit le monde (et lui-même) d'un point de vue en même temps supérieur et impliqué.

408 pages, 1925, presses pocket (couverture d'une autre édition ci-dessus)

samedi 19 décembre 2015

Le jeu de la possession - John Brunner


Le jeu de la possession - John Brunner

Le mythe de Faust revu par Brunner. Dans un futur proche, le Royaume-Uni est sur le déclin et Godwin, au nom très éloquent, semble n'avoir aucun mal à obtenir tout ce qu'il veut. Mais il y a un prix à un tel don : de temps en temps, il perd le contrôle de son corps, comme si une entité mystérieuse prenait possession de lui... Le roman parvient à instaurer une bonne aura de mystère, on est curieux de mieux comprendre les détails de ce pacte avec ... le diable ? Des aliens ? Ou autre chose ? Malheureusement, la structure est assez répétitive. Godwin va voir une connaissance excentrique faisant partie de son groupe d'élus, ils font quelques trucs bizarres ensemble, et on recommence avec quelqu'un d'autre. J'aime l'écriture de Brunner et je ne me suis pas ennuyé à la lecture du Jeu de la possession (Player at the Game of People en VO, c'est quand même plus cool), mais il faut bien reconnaitre que ça tire un peu en longueur. Un concept qui aurait dû être exploité en plus petit format peut-être, en effet le final est très efficace mais on tourne un peu en rond le temps d'y arriver. On en retiendra cependant une ambiance presque lovecraftienne, où les personnages préfèrent se raconter des histoires plutôt que de regarder en face la réalité : ils ne sont que des jouets aux mains de puissances supérieures...

278 pages, 1980, presses pocket