lundi 19 octobre 2026

Three Worlds Collide - Eliezer Yudkowsky

 

Un roman court, lisible par ici, paru en 2009. Eliezer Yudkowsky écrira plus tard, avec Nate Soares, If Anyone Builds It, Everyone Dies.

J’ai trouvé ça très bien, sûrement meilleur bien des choses qui se publient sur papier. Les premiers chapitres sont à la fois hilarants et hautement stimulants. Trois civilisations se rencontrent, mais leurs valeurs sont radicalement incompatibles.

Tout d’abord, les Babyeaters. L’évolution les a façonnés pour avoir énormément de progéniture, comme les insectes, et cette fécondité s’est révélée intenable quand ils ont découvert l’agriculture et développé progressivement une société complexe. Ils ont culturellement évolué jusqu’à manger la plupart de leurs propres enfants, et à considérer ce sacrifice au profit de la communauté comme le summum du bien commun. Les Babyeaters trouvent intolérable que les humains ne mangent pas leurs enfants.

Les humains, quant à eux, songent immédiatement à intervenir pour sauver les enfants Babyeaters, ou, au pire, à exterminer purement et simplement leur espèce.

Intervient alors une troisième espèce, les Super Happy People. Chez eux, la mémoire et l’équivalent de l’information génétique sont stockés dans le même système biologique, au lieu d’être séparés entre neurones et ADN. Et ils voient les humains de la même façon que les humains voient les Babyeaters. Quoi, les humains ont depuis longtemps la technologie pour éliminer toute souffrance, mais ont choisi de ne pas s’en servir ? Il va falloir intervenir, mais dans la plus grande équité : peut-être que les humains devraient manger leurs propres enfants, histoire de trouver un juste compromis entre les différentes espèces…

Je dirais que le rationalisme est parfois un peu trop appuyé, et que le dernier chapitre est clairement superflu, très inférieur à tout ce qui précède. Mais dans l’ensemble, c’est fantastique : de grandes idées présentées et développées sans gras, des dilemmes moraux qui s’enchainent et s’enveniment, et le thème de l’altérité indépassable, de l’identité d’une espèce façonnée par son parcours évolutionnaire, jusque dans sa morale.

Il est également saisissant de constater à quel point le concept de marché prédictif, encore confidentiel à l’époque, est intimement intégré au récit. On sent aussi poindre ce qui deviendra l’altruisme efficace.

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