lundi 28 septembre 2026

Leviathan Wakes (The Expanse #1) - James S. A. Corey

Leviathan Wakes (The Expanse #1) - James S. A. Corey

Depuis des années, il y a en haut de notre étagère les tomes 3, 4 et 5 de The Expanse en VO. J'ai toujours été hautement sceptique envers les séries à rallonge, et j'ai longtemps repoussé la lecture de celle-ci, dont le succès retentissant me rendait d'autant plus méfiant. Mais année après année, ces trois volumes continuaient de me fixer, et dans ma quête permanente de bonnes lectures SF, j'ai fini par céder. Je me suis procuré le premier tome, en me disant qu'il fallait tenter de rentabiliser l'espace déjà occupé par The Expanse dans notre bibliothèque.

Mes impressions sont très nuancées. Déjà, l'écriture. Sans chanter ses louanges, loin de là, elle est suffisamment tolérable pour ne pas m'avoir empêché d'arriver au bout de Leviathan Wakes. C'est bien mieux qu'un Alastair Reynolds, par exemple, mais on est loin d'une vraie bonne plume comme celle de Claire North dans Slow Gods, lu récemment.

Là où ça pèche le plus, je dirais, c'est dans l'écriture de la vie intérieure de nos deux protagonistes. Ils ont l'intelligence émotionnelle de crapauds-buffles, et leurs relations avec les femmes, en particulier, sont pénibles à suivre. Mention spéciale au détective esseulé, un cliché sur pattes, qui se fantasme une relation complètement imaginaire avec la jeunette sur laquelle il est chargé d'enquêter. C'est lourd et terriblement peu subtil. Holden, quant à lui, le grand héros qui semble parti pour rester jusqu'au tome 9 (!), est souvent insupportable dans son rôle de capitaine persuadé que tout lui revient de droit, à la droiture morale plus rigide qu'une statue de marbre. De même, les scènes d'action, heureusement pas trop fréquentes, n'ont pas su m'accrocher, et il se dégage une impression globale de trop de mots, trop de blabla, trop de vulgarité affectée.

Ces faiblesses sont compensées par quelques moments plus fins, qui sont parvenus à me faire sourire et à me donner l'impression de ne pas lire quelque chose de trop immature. Notamment, le personnage de Fred, militaire éprouvé et habitué au pouvoir, offre un contrepoint important à la naïveté souvent bêtement héroïque des deux protagonistes. Surtout, la trame centrale, sans être d'une originalité saisissante, parvient à s'approcher d'une vraie force narrative.

Il y a l'univers, le côté géopolitique, qui fonctionne plutôt bien. C'est classique, avec diverses factions qui se frittent et, en fond, un complot qui se dévoile progressivement, mais le futur dépeint reste digne d'intérêt : les humains sont encore loin de conquérir les étoiles, et le risque de rester bloqués dans le système solaire est bien réel. La dimension horrifique, qui rappelle fortement Alien, est présente dès le prologue et se déploie efficacement, notamment avec un twist central et un autre, plus tardif. C'est clairement à cet aspect que j'ai le plus accroché. Mais j'ai un faible pour les aliens. Dommage que le twist final vienne supplanter celui qui précède et en réduire l'impact : on passe d'une horreur cosmique, puissante et incompréhensible, aux conséquences potentiellement colossales, à du bête mélodrame interpersonnel où tout se résout trop facilement et trop gentiment.

Leviathan Wakes, c'est presque du pulp à l'ancienne, du feuilleton SF bourré de clichés, mais suffisamment bien mené et habilement construit pour que le lecteur exigeant ne se sente pas insulté. Mon enthousiasme reste modéré, mais je vais lire le deuxième tome.

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