mercredi 4 avril 2018

Sermon sur la mort (et autres sermons) - Bossuet


Sermon sur la mort (et autres sermons) - Bossuet

Quelques-uns des sermons que Bossuet a donné devant Louis XIV et sa cour. Ce sont des discours qui obéissent à une structure très cadrée et qui cherchent un habile équilibre entre la flatterie du roi, la critique de son mode de vie et de celui de sa cour et l'encouragement à la vertu chrétienne. Le sermon du mauvais riche est une exhortation à la vertu et à prendre soin des pauvres. Bossuet affirme que se repentir de ses péchés sur son lit de mort ne suffit pas, c'est la conduite pendant toute la vie qui compte. Ainsi le mauvais riche sera puni pendant l'autre vie. Les sermons sur la providence, sur l'ambition et sur la mort disent en gros la même chose mais en insistant à chaque fois sur le thème qu'indique leur nom. Ce sont des lectures agréables où l'on sent l'héritage d'une sagesse antique recouverte d'une épaisse couche de superstition chrétienne. On a vraiment l'impression d'une régression de la pensée. Le cinquième sermon, le sermon sur la passion de notre-seigneur, est, pour citer Bossuet, une plongée dans « le sang et les souffrances de Jésus-Christ. » Ce sermon là, qui se complait dans le glauque et le funèbre de la mythologie chrétienne, est franchement pénible. Avant de relever les passages les plus touchants à mon sens, je voudrais en citer un, que je n’approuve pas vraiment, mais qui est extrêmement révélateur de la mentalité chrétienne : « Nous sommes des enfants qui avons besoin d'un tuteur sévère, la difficulté ou la crainte. Si on lève ces empêchements, nos inclinations corrompues commencent à se remuer et à se produire, et oppriment notre liberté sous le joug de leur licence effrénée » (p.116 sur l'ambition).  Ainsi, et on retrouve là le mythe du péché originel, les êtres humains seraient naturellement mauvais. En conséquence, pour empêcher ce mal inné de ce développer, ils ont besoin d'un tuteur sévère, c'est à dire la religion. C'est presque un aveu que la religion ne représente en rien une vérité et que ce n'est même pas la question, mais une construction sociale à priori nécessaire pour tenir les humains en laisse, pour maintenir l'ordre. Bon, ci-dessous des extraits plus plaisants de cette philosophie chrétienne.


Sermon du mauvais riche
Venez et ouvrez les yeux, et voyez les liens cachés dans lesquels notre cœur est pris ; mais, pour comprendre tous les degrés de cette déplorable servitude où nous jettent les biens du monde, contemplez ce que fait en nous l'attache d'un cœur qui les possède, l'attache d'un cœur qui en use, l'attache d'un cœur qui s'y abandonne. O quelles chaînes ! O quel esclavage !

Les mondains, toujours dissipés, ne connaissent pas l’efficace de cette action paisible et intérieure qui occupe l'âme en elle-même ; ils ne croient s'exercer s'ils ne s'agitent, ni se mouvoir s'ils ne font du bruit : de sorte qu'ils mettent la vie dans cette action empressée et tumultueuse ; ils s'abiment dans un commerce éternel d'intrigues et de visites, qui ne leur laisse pas un moment à eux, et ce mouvement perpétuel, qui les engage en mille contraintes, ne laisse pas de les satisfaire, par l'image d'une liberté errante. Comme un arbre, dit saint Augustin, que le vent semble caresser en se jouant avec ses feuilles et avec ses branches : bien que ce vent ne le flatte qu'en l'agitant, et le jette tantôt d'un côté et tantôt d'un autre, avec une grande inconstance, vous diriez toutefois que l'arbre s'égaye par la liberté de son mouvement ; ainsi, dit ce grand évêque, encore que les hommes du monde n'aient pas de liberté véritable, étant presque toujours contraints de céder au vent qui les pousse, toutefois ils s'imaginent jouir d'un certain air de liberté et de paix, en promenant deçà et delà leurs désirs vagues et incertains.

Sermon sur la providence
Quand je considère en moi-même la disposition des choses humaines, confuses, inégales, irrégulières, je la compare souvent à certains tableaux, que l'on montre assez ordinairement dans les bibliothèques des curieux comme un jeu de la perspective. La première vue ne vous montre que des traits informes et un mélange confus de couleurs, qui semble être ou l'essai de quelque apprenti, ou le jeu de quelque enfant, plutôt que l'ouvrage d'une main savante. Mais aussitôt que celui qui sait le secret vous les fait regarder par un certain endroit, aussitôt, toutes les lignes inégales venant à se ramasser d'une certaine façon dans votre vue, toute la confusion se démêle, et vous voyez paraître un visage avec ses linéaments et ses proportions, où il n'y avait auparavant aucune apparence de forme humaine. C'est, ce me semble, messieurs, une image assez naturelle du monde, de sa confusion apparente et de sa justesse cachée, que nous ne pouvons jamais remarquer qu'en le regardant par un certain point que la foi en Jésus−Christ nous découvre.

Quiconque est persuadé qu'une sagesse divine le gouverne et qu'un conseil immuable le conduit à une fin éternelle, rien ne lui paraît ni grand ni terrible que ce qui a relation à l'éternité : c'est pourquoi les deux sentiments qui lui inspire la foi de la Providence, c'est premièrement de n'admirer rien, et ensuite de ne rien craindre de tout ce qui se termine en la vie présente.

Sermon sur l'ambition
Éveille-toi, pauvre esclave, et reconnais enfin cette vérité, que, si c'est une grande puissance de pouvoir exécuter ses desseins, la grande et la véritable, c'est de régner sur ses volontés.

Sermon sur la mort
Qu'est-ce donc que ma substance, ô grand Dieu ? J'entre dans la vie pour en sortir bientôt ; je viens me montrer comme les autres ; après, il faudra disparaitre. Tout nous appelle à la mort : la nature, presque envieuse du bien qu'elle nous a fait, nous déclare souvent et nous fait signifier qu'elle ne peut pas nous laisser longtemps ce peu de matière qu'elle nous prête, qui ne doit pas demeurer dans les mêmes mains, et qui doit être éternellement dans le commerce : elle en besoin pour d'autres formes, elle la redemande pour d'autres ouvrages.

O Dieu ! Encore une fois, qu'est-ce que de nous ? Si je jette la vue devant moi, quel espace infini où je ne suis pas ! Si je la retourne en arrière, quelle suite effroyable où je ne suis plus ! Et que j' occupe peu de place dans cet abîme immense du temps ! Je ne suis rien : un si petit intervalle n'est pas capable de me distinguer du néant ; on ne m' a envoyé que pour faire nombre ; encore n'avait-on que faire de moi, et la pièce n'en aurait pas été moins jouée, quand je serais demeuré derrière le théâtre.

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