C'est un plaisir que de se plonger dans un (bon) classique de la SF dont jusque-là j'ignorais l'existence. The Black Could de Fred Hoyle, paru en 1957, coche pas mal de cases : apocalypse, premier contact, écrit par un astrophysicien, et plein de gentlemen anglais.
Un colossal nuage de gaz se dirige suspicieusement droit vers le soleil, avec de drastiques conséquences climatiques pour l'humanité. C'est assez frappant, il y a des centaines de millions de mort, mais contrairement à une autre SF du siècle passé, on ne s'y attarde guère et passe surtout du temps avec nos gentlemen scientifiques qui papotent autour d'un café dans leur forteresse dédiée à la raison.
Il y a dans ce roman un indéniable aspect "fantasme de nerd". La détestation du monde politique et des politiciens est claire, tandis que l'amour de la raison, de la science, de la méthode scientifique, est évident. D'une façon qui fait très fortement écho au récent et brillant Don't Look Up, les scientifiques tentent d'agir pour prévenir le désastre, là où la classe politique ne pense qu'à son intérêt à court terme. Ce côté du roman est un peu gros, mais heureusement bien mené : nos scientifiques doivent à la fois décrypter les mystères du nuage et jouer avec les ficelles d'un pouvoir politique qui est loin d'avoir les mêmes priorités qu'eux.
Jusque là, c'est un roman apocalyptique aussi rationaliste que fun, mais ça devient d'autant plus excellent quand la véritable nature du nuage est révélée. L'auteur cède peut-être un peu à la facilité quand le nuage apprend rapidement à parler anglais, mais il y a suffisamment de mystères scientifiques à percer pour en arriver là, et pour parvenir à mieux comprendre le nuage, que ça vaut sûrement le coup. J'ai particulièrement apprécié le point suivant : le nuage est un être d'une échelle qui dépasse l'entendement par rapport à l'échelle humaine, c'est un être immortel d'une puissance folle, mais lui aussi à ses propres objectifs, ses propres mystères à percer, dont on a un aperçu.
J'ai été absorbé. Mais je fais clairement partie du public cible.