lundi 23 mars 2026

On n'échappe pas à l'utilité

Un ami à moi finissait sa thèse de philosophie. Nous étions attablés une nuit sur la terrasse, légèrement éméchés. Il se réjouissait d'avoir consacré sa vie à, je cite, l'inutile. C'était une idée importante pour lui : il pensait ainsi avoir dépassé les carcans sociaux. Avoir, je suppose, conquis une forme de liberté. J'ai attaqué cette perspective avec les arguments suivants :

1. Comment pourrait-il être inutile de se consacrer à la philosophie quand il en fait son métier ? (Prof de philo.) La philosophie est littéralement son gagne-pain. Il n'y a rien de plus pragmatique, de plus utile.

2. La philosophie est un capital comme un autre. On l'a vu, c'est un capital culturel et intellectuel qui lui sert à trouver une place économique dans la société. Plus encore, c'est un capital social de la plus haute importance. Cet ami pouvait se targuer d'avoir un certain succès auprès du sexe opposé. Mon argument était que sa capacité à parler d'idées, à parler de philosophie, et plus globalement à bien parler, jouait un rôle majeur dans ce succès. Tout ce qu'on est, tout ce qu'on renvoie, tout ce qu'on dit, est chargé d'un sens profond qui est perçu d'une façon essentiellement non consciente par autrui. Sa maitrise des idées, de la philosophie, et plus globalement du langage, était un signal qui exprimait : je suis éduqué, je suis intelligent, j'ai du potentiel. Un signal hautement utile.

3. De plus, la philosophie était pour lui un radeau de sauvetage dans la sombre tempête de l'existence. Nihiliste, peut-être misanthrope, il trouvait dans la philosophie non seulement son plaisir, mais sa raison de vivre, sa raison d'aimer la vie. Quoi de plus utile ?

Mon propos plus large était donc ceci : on n'échappe pas à l'utilité. C'est impossible. L'essentiel de ce que font les humains répond à des impératifs évolutionnaires, biologiques, purement pratiques, qu'on a tendance soit à ne tout simplement pas voir, soit à camoufler sous des histoires simples qui nous réconfortent.

vendredi 13 mars 2026

Vidéo : La greffe en écusson à œil dormant (greffe de poirier sur cognassier)


Hop, dans cette vidéo je montre la greffe en écusson à œil dormant. Je greffe un classique : du poirier du cognassier.

Lien direct de la vidéo sur YouTube. 

mercredi 4 mars 2026

The Black Could - Fred Hoyle

 The Black Could - Fred Hoyle

C'est un plaisir que de se plonger dans un (bon) classique de la SF dont jusque-là j'ignorais l'existence. The Black Could de Fred Hoyle, paru en 1957, coche pas mal de cases : apocalypse, premier contact, écrit par un astrophysicien, et plein de gentlemen anglais.

Un colossal nuage de gaz se dirige suspicieusement droit vers le soleil, avec de drastiques conséquences climatiques pour l'humanité. C'est assez frappant, il y a des centaines de millions de mort, mais contrairement à une autre SF du siècle passé, on ne s'y attarde guère et passe surtout du temps avec nos gentlemen scientifiques qui papotent autour d'un café dans leur forteresse dédiée à la raison.

Il y a dans ce roman un indéniable aspect "fantasme de nerd". La détestation du monde politique et des politiciens est claire, tandis que l'amour de la raison, de la science, de la méthode scientifique, est évident. D'une façon qui fait très fortement écho au récent et brillant Don't Look Up, les scientifiques tentent d'agir pour prévenir le désastre, là où la classe politique ne pense qu'à son intérêt à court terme. Ce côté du roman est un peu gros, mais heureusement bien mené : nos scientifiques doivent à la fois décrypter les mystères du nuage et jouer avec les ficelles d'un pouvoir politique qui est loin d'avoir les mêmes priorités qu'eux.

Jusque là, c'est un roman apocalyptique aussi rationaliste que fun, mais ça devient d'autant plus excellent quand la véritable nature du nuage est révélée. L'auteur cède peut-être un peu à la facilité quand le nuage apprend rapidement à parler anglais, mais il y a suffisamment de mystères scientifiques à percer pour en arriver là, et pour parvenir à mieux comprendre le nuage, que ça vaut sûrement le coup. J'ai particulièrement apprécié le point suivant : le nuage est un être d'une échelle qui dépasse l'entendement par rapport à l'échelle humaine, c'est un être immortel d'une puissance folle, mais lui aussi à ses propres objectifs, ses propres mystères à percer, dont on a un aperçu. 

J'ai été absorbé. Mais je fais clairement partie du public cible.